Les effets sanitaires indésirables des confinements de la crise COVID-19 aux États-Unis

Un article de Taylor, Cuadros, Gee et Menachemi publié en 2025 dans Health Affairs Scholar 1https://academic.oup.com/healthaffairsscholar/advance-article/doi/10.1093/haschl/qxaf208/8306414, peu connu du grand public, le journal est très bien coté dans les 30% des meilleurs journaux de son … Continue reading propose, pour la première fois, une vision large et factuelle des conséquences sanitaires non intentionnelles des confinements et fermetures d’écoles imposés aux États-Unis durant la pandémie de COVID-19 2Les auteurs font référence à plusieurs autres articles pour souligner que de telles mesures ont été imposées malgré la très faible démonstration (“evidence”) scientifique de leur … Continue reading.

Pour répondre à l’incertitude entourant les effets les plus larges de ces mesures, les auteurs ont sélectionné de manière rigoureuse et examiné en détail 132 études de qualité, évaluées par des pairs, totalisant 454 résultats distincts. Cette démarche a volontairement exclu les effets sur la transmission du COVID ou sa mortalité, pour se concentrer sur des impacts sociaux et sanitaires moins souvent évoqués dans le débat public. 3Les auteurs font cependant référence à plusieurs études indiquant que les mesures de restriction sociale ont eu très peu d’effet, voire aucun, sur la mortalité COVID.  

La majorité des résultats (plus de 90%) montre clairement une association entre confinements, fermetures d’écoles et dégradation de la santé mentale, progression considérable de l’obésité et aggravation des besoins sociaux essentiels (développement et éducation des enfants, emploi, accès à la nourriture, stabilité financière). Les troubles anxieux, la dépression, la perte de lien social et les difficultés scolaires constituent une part très importante des effets négatifs recensés.

L’analyse révèle que, sans surprise, c’est parmi les populations les plus défavorisées et vulnérables, particulièrement les minorités raciales et ethniques, les personnes à faibles revenus et les personnes handicapées, que la probabilité de signaler des effets néfastes est nettement la plus élevée. L’accroissement de la précarité alimentaire et financière, l’aggravation des inégalités en matière d’accès aux soins et à l’éducation, ainsi que la détérioration de la santé mentale chez les enfants et adultes vulnérables sont des conséquences récurrentes pouvant avoir des effets négatifs durables à long terme.

Les auteurs soulignent que leurs résultats recoupent des études similaires effectuées ailleurs qu’aux USA.

Face à de tels résultats, les auteurs invitent les décideurs à ne pas sous-estimer les effets délétères de ces interventions sanitaires, et surtout à considérer de manière équilibrée les avantages et inconvénients de celles-ci, en particulier pour les publics fragiles. Ils proposent même des recommandations immédiates :

  • renforcement des dispositifs d’accompagnement social,
  • prise en compte accrue des besoins spécifiques lors de futures crises,
  • systématisation de l’analyse coûts-bénéfices lors du choix de mesures de confinement ou de fermeture.

Cette revue met en lumière une facette du débat sur la gestion de la COVID-19 qui est généralement occultée : la perturbation grave de la santé physique, psychique, sociale et économique de millions de personnes. Elle souligne, comme nous n’avons cessé de le répéter durant ces dernières années, que la gestion de crise ne peut négliger les dommages collatéraux majeurs qu’entraînent les interventions majeures de santé publique sur la société, l’économie et l’éducation. Elle propose une feuille de route pour une politique mieux informée et plus inclusive, dans laquelle les populations à risque ne seront plus laissées pour compte.

L’urgence n’est pas seulement sanitaire, elle est aussi sociale et politique.

Notes

Notes
1 https://academic.oup.com/healthaffairsscholar/advance-article/doi/10.1093/haschl/qxaf208/8306414, peu connu du grand public, le journal est très bien coté dans les 30% des meilleurs journaux de son domaine selon le Web of Science
2 Les auteurs font référence à plusieurs autres articles pour souligner que de telles mesures ont été imposées malgré la très faible démonstration (“evidence”) scientifique de leur efficacité lors d’épidémies ou pandémies précédentes.
3 Les auteurs font cependant référence à plusieurs études indiquant que les mesures de restriction sociale ont eu très peu d’effet, voire aucun, sur la mortalité COVID.

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