Analyse situation épidémiologique – 23/03/2021

Cette analyse tient compte des données disponibles au 23/03/2021.

1 : Les hospitalisations

Nous sommes toujours dans une phase régulière et lente, qui est tout sauf exponentielle. Rien n’indique que cette croissance va se poursuivre si l’on en croit l’évolution sur les derniers jours. En effet le nombre d’entrées est globalement stable autour de 180-210 depuis le 16 mars.

Nous étions sur un plateau avec une moyenne d’admission/jour entre 120 et 150 depuis début janvier. Cette moyenne est à 204 pour les 7 derniers jours. Il peut s’agir d’un nouveau plateau comme du début d’une augmentation régulière et lente. Les hôpitaux belges sont tout à fait capables de supporter un flux d’entrée de 200 ou même 250 entrées par jour1.

Le point problématique est le nombre de patients en SI. Ce chiffre augmente lentement mais régulièrement depuis le 11 mars. Une augmentation au rythme actuel n’est pas véritablement problématique au niveau sanitaire, d’autant qu’elle ne devrait pas durer plus de 3-4 semaines (voir infra).

Concernant les SI, nous avons très peu de moyens pour anticiper et modéliser, car des données cruciales nous manquent dont notamment le nombre d’entrées en SI/jour, le temps de séjour moyen, etc. L’absence du nombre d’entrées par jour fait que Sciensano renseigne sur le stock, mais pas sur les flux. Cette donnée est publique dans la plupart des pays étrangers. Elle est cruciale pour anticiper les évolutions dans le domaine le plus sensible, à savoir les hospitalisations SI. D’autres données sont nécessaires pour apprécier et anticiper au mieux la situation dans les hôpitaux2.

Il semble en outre que le passage en phase 1B ait conduit certains hôpitaux à modifier ces données alors qu’il n’y a pas véritablement d’entrée de nouveaux patients.

2 : Les contaminations

C’est le principal argument conduisant à s’inquiéter de l’évolution de la situation. Mais là encore, la croissance n’est pas exponentielle mais linéaire. La croissance du nombre de cas a d’ailleurs déjà ralenti. Pour rappel, nous avons depuis 3 mois des hausses et des baisses du nombre de cas, sur des cycles de 2 ou 3 semaines. La croissance constatée ces derniers jours est cependant particulièrement forte. Voir le graphique ci-dessous extrait du site de sciensano.

Les deux derniers points de cette courbe, tendent à montrer que nous avons atteint le point à partir duquel la croissance des cas se poursuit mais de manière de moins en moins forte.

Par ailleurs le taux de reproduction (Rt) est de 1,14. Ce niveau n’a rien d’inquiétant. Nous avions par exemple atteint un tel niveau il y a 3 semaines. Nous sommes loin d’une explosion et, par comparaison, le Rt était à 1,5 au moment de la 2ème vague en septembre.

Mais cette croissance doit s’apprécier du fait de l’augmentation du nombre de tests, très important ces derniers jours. Le critère à prendre en compte est le taux de positivité. Celui-ci a augmenté pour atteindre 7,5% (contre 6,8% la semaine dernière). C’est un niveau inquiétant mais l’augmentation est ici modérée.

Une donnée à prendre avec prudence :

Il faut avoir à l’esprit que les cas recensés ne sont qu’une partie des cas totaux dans la population (1/2, 1/3, ¼ ?). Ceci fait qu’une augmentation des cas détectés ne signifie pas forcément une augmentation réelle, en tout cas dans les mêmes proportions. C’est un peu comme un sondage qui a une marge d’erreur.

On peut encore ajouter que les tests PCR naso-pharyngés dit positifs ne distinguent les cas à forte charge virale (plus contagieux et plus à risques de complication) et les cas à faible charge virale dont les risques de transmission, de santé, sont beaucoup plus faibles.

Le lien contaminations-hospitalisation : 

D’habitude, une hausse des contaminations entraîne une hausse des hospitalisations, une ou deux semaines plus tard. Mais il n’est pas certain que ce sera le cas ici car la hausse de contamination concerne largement les moins de 20 ans qui ne sont absolument pas à risque. Cette semaine, A. De Croo a lié les deux en expliquant que les contaminations des écoliers entraînent une hospitalisation des parents. Ce lien n’est absolument pas établi sachant que la plupart des parents ne sont pas à risque (- de 65 ans et pas forcément de facteurs de risques connus comme l’hypertension, le diabète, les problèmes cardiovasculaires ou respiratoires…). Un message judicieux à faire passer serait de demander de postposer les visites aux grands-parents et autres personnes à risque ou être particulièrement prudent lors de ces rencontres, tant que l’on sait que le virus circule dans les écoles.

Sur la hausse dans les écoles : 

On a plus testé dans les écoles. L’important est donc de regarder le taux de positivité des élèves testés. Le graphique ci-dessous extrait du rapport hebdomadaire de sciensano reproduit ce taux de positivité par tranche d’âge.

On voit que le taux de positivité chez les 0-19 ans a bien augmenté, mais pas dans une proportion clairement plus importante que le reste de la population. Ce graphique permet aussi de rappeler que le taux de positivité des 10-19 était bien plus élevé fin février. A l’époque, personne n’a demandé de fermer les écoles.

Par ailleurs, pour une analyse plus fine, nous aurions besoin de connaître la politique de test dans les écoles. Celle-ci a-t-elle changé ? S’agit-il de testing aléatoire ou dirigé sur certains établissements ou zones ? Comme toujours, les éléments de contexte et la stratégie de testing appliquée par les autorités manquent cruellement pour avoir une analyse complète.

3 : La mortalité

La politique de confinement a toujours été menée avec pour objectif de limiter le nombre de décès. Il semble cependant que l’on perde progressivement cet objectif de vue. Nous sommes en effet en sous-mortalité depuis de début de l’année et la vaccination des maisons de repos (déjà réalisée) et des moins de 65 ans projetée devrait faire chuter la mortalité sur l’année 2021.

4 : Contexte et perspectives

Au total, les données dont nous disposons montrent que l’on n’est pas dans une situation d’explosion comparable – et de loin – à ce que nous avons connu en octobre au moment de la seconde vague. Ce que nous observons se rapproche plus des rebonds que nous avons connus à l’été 2020 ou de la hausse linéaire et continue de septembre… qui nous a ensuite amenés à la seconde vague. 

Mais il y a des différences fondamentales avec la situation de septembre : 

  • Les vacances de Pâques sont dans deux semaines. Toutes les vacances scolaires voient une diminution du nombre de contaminations. Non seulement parce que les écoles sont fermées mais aussi parce que beaucoup de parents ne vont pas travailler. La hausse que nous connaissons devrait donc logiquement s’interrompre là (même si l’effet ne se verra pas au 1er jour de vacances) ; 
  • Après le 17/04 nous aurons deux phénomènes qui devraient atténuer le problème Covid : 

o L’arrivée du (vrai) printemps qui ne peut avoir qu’un effet bénéfique sur un virus saisonnier

o Les effets bénéfiques de la vaccination. L’important ici n’est pas de regarder le % de la population totale mais le % des plus de 65 ans. On peut espérer que dans un mois, ce % soit suffisamment important pour atténuer non seulement les décès (comme c’est déjà le cas) mais aussi les hospitalisations

5 : Lockdown strict et exemples étrangers

Le plan C proposé par le GEMS prévoit notamment de fermer les écoles et les commerces non-essentiels. Il se base également sur l’exemple de l’Allemagne qui resserre sa politique de confinement. L’Allemagne et les Pays-Bas sont dans une situation comparable à celle proposée par le GEMS c’est-à-dire des écoles et des commerces non-essentiels fermés. L’évolution du nombre de cas sur ces deux pays et la Belgique montre que cette politique plus dure n’est efficace que jusqu’à un certain point.

On voit bien, que si le nombre de cas a baissé, l’évolution est la même entre les Pays-Bas et la Belgique depuis le début du mois de février, alors que commerces et écoles étaient fermés chez nos voisins. Malgré un lockdown strict et long, l’Allemagne a vu le nombre de ses cas augmenter de nouveau récemment ce qui l’a conduit à durcir encore sa politique. L’efficacité de ces mesures reste donc à démontrer et on peut se demander si nos voisins sont véritablement des exemples à suivre.

Signataires (dans un ordre aléatoire)

  • Raphael Lefevere, Université de Paris
  • Pierre-François Laterre, UCLouvain – Cliniques Saint-Luc
  • Vincent Laborderie, UCLouvain
  • Irène Mathy, USLB
  • Elisabeth Paul, ULB
  • Mélanie Dechamps (UCLouvain)
  • Vinciane Debaille (ULB)

1 En comparaison, il y a autour de 30.000 entrées dans les hôpitaux pas semaine (voir : https://aim-ima.be/IMG/pdf/ima-covid19-admissions_hopitaux-20210203.pdf)

2 La durée de séjour en SI (certaines personnes y sont depuis des semaines/mois), la part de patients entrés pour Covid versus ceux qui ont été détectés positifs à leur entrée à l’hôpital, la distribution par âge des patients hospitalisés Covid.

23 mars 2021 – Communiqué du collectif #covidrationnel

Nous ne comprenons pas l’emballement médiatique suscité par l’évolution des chiffres des derniers jours et les discours appelant à un nouveau confinement strict et rapide. Nous nous alarmons des conséquences qu’il pourrait avoir sur l’évolution de l’épidémie elle-même, la santé au sens large, la cohésion sociale et l’ordre public.

La tendance haussière de l’occupation des lits d’hôpital et du taux de positivité, observée ces dernières semaines, est effectivement continue, mais lente (12% entre les deux dernières semaines). Pour l’heure, cette hausse ne permet aucunement d’entrevoir l’amorce d’un comportement exponentiel. En outre, nous nous trouvons en sous-mortalité globale depuis janvier 2021. Au cours des derniers mois, la mortalité Covid est sans commune mesure avec celle que nous avons connue en 2020. La maladie est de mieux en mieux prise en charge. L’impact de la vaccination (en particulier dans les maisons de repos) se fait déjà sentir, et complète celui de l’immunité partielle acquise par contact avec le virus. À cela s’ajoute l’arrivée du printemps et ses effets bénéfiques sur la plupart des infections respiratoires et sur nos modes de vie. 

Malgré une situation épidémique préoccupante, sur base de nos analyses, nous proposons à nos gouvernants six recommandations que nous estimons plus efficaces qu’un lockdown pour contenir l’épidémie, à court et moyen termes. Avec le rappel des mesures barrières et de distanciation physique, de l’évitement des contacts à risques et de l’importance de l’aération des espaces intérieurs, les trois mesures suivantes permettraient de répondre à la croissance actuelle plus rapidement et efficacement qu’une réduction supplémentaire des activités permises :

(1) renforcement substantiel de la sensibilisation, prévention proactive et prise en charge précoce pour les publics les plus vulnérables non vaccinés (fourniture de masques FFP2, intervention des généralistes, etc.); décentralisation par délégation aux acteurs de terrain (généralistes, assistants sociaux, éducateurs, enseignants);
(2) maintien des écoles ouvertes et des stages pour enfants pendant les vacances de printemps, notamment pour éviter que les enfants ne soient gardés par les grand-parents;
(3) utilisation de tests rapides antigéniques pour détecter et isoler les personnes contagieuses en 15 minutes. 

Par ailleurs, en fonction de l’évolution des indicateurs, reprise progressive du déconfinement annoncé – avec, pour conséquence probable, la réduction des risques de contamination en milieux confinés :

(4) réouverture de toutes les infrastructures permettant les activités en plein air, terrasses comprises, pour éviter les concentrations sauvages et plus dangereuses sans mesures sanitaires;
(5) réouverture balisée des établissements d’enseignement supérieur à 50%, pour offrir un cadre structuré aux étudiants et à leurs réseaux de contacts réels;
(6) réouverture des lieux culturels et salles de sport avec jauges et protocoles appropriés.

En revanche, un nouveau lockdown “dur” entraînerait des conséquences en cascade en matière de santé (physique et mentale: sédentarité, isolement, stress et carences en fin de période hivernale), d’économie (accroissement de la précarisation galopante et aggravation du déficit public) et de cohésion sociale (perte d’adhésion, désobéissance civile et rébellion). 

Signatures (par ordre alphabétique)

  • Martin Buysse, UCLouvain
  • Emilie Corswarem, ULiège
  • Vinciane Debaille, ULB
  • Christine Dupont, UCLouvain
  • Denis Flandre, UCLouvain
  • Raphaël Jungers, UCLouvain
  • Vincent Laborderie, UCLouvain
  • Jean-Louis Lamboray, Mahidol University, Bangkok
  • Pierre-François Laterre, UCLouvain – Cliniques Saint-Luc
  • Raphael Lefevere, Université de Paris
  • Olivier Lhoest, CHC Liège
  • Irène Mathy, USLB
  • Elisabeth Paul, ULB

Les mesures de lutte contre le Covid-19 ont aussi des coûts! Elles pèsent de façon disproportionnée sur les pauvres et les vulnérables

La Belgique compte, début mars 2021, plus de 750.000 cas confirmés de positivité au SARS-CoV-2 et plus de 22.000 décès attribués au Covid-19, avec un des taux de mortalité par million d’habitants les plus élevés au monde. La pandémie de Covid-19 a suscité des réactions très vives de la part de nombreux gouvernements, dont le gouvernement belge. Au-delà des mesures sanitaires (conseils d’hygiène et gestes barrières, usage de masques, etc.), la politique de lutte contre la propagation du Covid-19 a consisté en une série de mesures restrictives (interdiction des voyages non essentiels et des événements publics, fermeture de l’horeca, cours à distance et télétravail obligatoires, “bulle de un”, …) abusivement regroupées sous le terme de “confinement”. Il est extrêmement difficile d’évaluer l’efficacité de chaque mesure isolément, car de nombreuses mesures se superposent dans le temps.1https://theconversation.com/evaluer-les-effets-des-differentes-mesures-de-lutte-contre-le-covid-19-mission-impossible-135060%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713700000%26amp;usg%3DAOvVaw2I8DY_Nsq6v_pMv3QXT2SQ&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw0aq45InnrWBlJFux4YkvG7">Évaluer les effets des différentes mesures de lutte contre le Covid-19, mission impossible ? (theconversation.com) En outre, comme c’est le cas pour toutes les conditions de santé, une grande partie des “résultats” sanitaires de l’épidémie est due à des déterminants sociaux et des facteurs structurels (environnement, densité de population, structure d’âge, état de santé initial, état du système de santé, etc.).2https://academic.oup.com/heapol/advance-article/doi/10.1093/heapol/czaa161/6095794?searchresult%253D1%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713691000%26amp;usg%3DAOvVaw3LZMrboF34cweM0Zxdghdg&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw2hpL19wzAVU4hFA7LOQsxS">Socio-economic determinants of global COVID-19 mortalities: policy lessons for current and future pandemics | Health Policy and Planning | Oxford Academic (oup.com) Il n’empêche qu’il est essentiel de tenir compte du fait que chacune de ces mesures n’a pas seulement des effets bénéfiques (dans notre cas, une réduction des taux de contamination, d’hospitalisation et de décès), mais aussi des coûts et des effets non désirés. S’il est impossible de mesurer précisément ces coûts et ces bénéfices, tentons malgré tout une appréciation sur base d’hypothèses réalistes.

Cette note n’a pour ambition ni de minimiser les dégâts de l’épidémie, ni de réaliser une analyse coûts-bénéfices complète des mesures de lutte contre le Covid-19 en Belgique. Elle vise à illustrer, de manière aussi pédagogique que possible, l’importance d’aussi prendre en compte les coûts des mesures dans la prise de décision politique. L’économie de la santé a développé différents outils et indicateurs permettant de comparer les coûts et les bénéfices des interventions de santé, l’idée étant soit d’attribuer un prix à la vie (ou à une année de vie), soit à comparer deux interventions selon leurs effets sur la santé, appréciés à travers un indicateur commun: years of life lost (YLLs), disability-adjusted life years (DALYs), quality-adjusted life years (QALYs),3Voir par exemple: https://www.theguardian.com/world/2021/feb/14/coronavirus-covid-19-cost-price-life%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713709000%26amp;usg%3DAOvVaw3tPIKvrZMAumPlYMyOp3MU&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw0a60KOmUIjY2k9RQOdUhxj">Has Covid changed the price of a life? | Coronavirus | The Guardian … Ici, nous le faisons plus simplement en estimant le nombre d’années de vie “épargnées” ou “perdues” d’un côté comme de l’autre de la “balance”.

Des années de vie “épargnées”?

Selon les données de Sciensano, consultées le 2 mars 2021 (Epistat – COVID-19 Monitoring (wiv-isp.be)), le Covid-19 a tué à cette date en Belgique:

  • 11.705 personnes de plus de 85 ans;
  • 6.363 personnes de 75 à 84 ans;
  • 2.667 personnes de 65 à 74 ans;
  • 1.236 personnes de 45 à 64 ans;
  • 97 personnes de 25 à 44 ans;
  • 8 personnes de 0 à 24 ans.

Si l’on veut estimer les effets bénéfiques des mesures de lutte contre le Covid-19, il faut comparer ces chiffres à un “contrefactuel”, c’est-à-dire un scénario de ce qui se serait passé en l’absence de toute mesure. Étant donné la multitude de facteurs qui influencent l’évolution de l’épidémie et ses impacts, leurs relations complexes (causalité non linéaire) et la dimension temporelle de la propagation de l’épidémie (tous les décès n’arrivent pas simultanément), la reconstruction d’un tel scénario est un exercice périlleux qui nécessite de poser d’innombrables hypothèses.4https://theconversation.com/evaluer-les-effets-des-differentes-mesures-de-lutte-contre-le-covid-19-mission-impossible-135060%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713701000%26amp;usg%3DAOvVaw2wrvNtm48tuL5nOGnz6H2k&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw3LuZ1oetxEIhr7l1uw-C5d">Évaluer les effets des différentes mesures de lutte contre le Covid-19, mission impossible ? (theconversation.com) Dès lors, prenons comme borne supérieure le scénario de la mortalité maximale attendue en fin d’épidémie en l’absence de toute mesure, dans l’hypothèse (haute) où 70% de la population (pourcentage généralement reconnu comme maximum pour atteindre l’immunité collective “naturellement”, en tenant compte de l’immunité croisée) serait in fine infecté par le SARS-CoV-2.

Le tableau suivant indique:

1) la structure par âge de la population belge début 2020 (données issues de Statbel: Structure de la population | Statbel (fgov.be));

2) le taux de létalité moyen (infection fatality rate (IFR) = pourcentage des personnes contaminées par le virus qui en décèdent) spécifique à chaque tranche d’âge (données issues de deux études ayant utilisé des données de séroprévalence);

3) la “borne maximale” de mortalité attendue dans l’hypothèse où 70% de la population serait infectée par le SARS-CoV-2 (= nombre d’hommes + femmes) * 70% * IFR%).

HFIFR (%) selon Levin et al.Borne max. décès attendus (hyp. = 70% d’infection)IFR (%) selon l’Imperial CollegeBorne max. décès attendus (hyp. = 70% d’infection)
0-4 ans309.917297.0210,004170,000
5-9 ans338.714323.4160,004190,0146
10-14 ans341.151325.4520,004190,0147
15-19 ans324.538309.1130,004180,0289
20-24 ans338.755329.4210,004190,03140
25-29 ans370.760368.7090,004210,04207
30-34 ans371.138372.2310,004210,06312
35-39 ans374.283374.6380,0683560,10524
40-44 ans370.817366.0550,0683510,16825
45-49 ans388.266379.4010,231.2360,241.290
50-54 ans400.516390.3760,231.2730,382.104
55-59 ans400.828398.9080,754.1990,603.359
60-64 ans356.801366.9380,753.8000,944.762
65-69 ans302.193321.2072,510.9101,476.415
70-74 ans257.878289.1212,59.5722,318.845
75-79 ans169.281208.0118,522.4493,619.534
80-84 ans132.690188.9588,519.1385,6612.744
85-89 ans78.809138.93328,343.1358,8613.504
90-94 ans27.43265.63728,318.43717,3711.316
95-99 ans5.02517.50928,34.46417,372.740
100+2721.52228,335517,37218
Total5.660.0645.832.577Total139.807Total79.022
Source : Calcul des auteurs basé sur les données de population de Statbel et les IFR calculés par Levin et al. (Assessing the Age Specificity of Infection Fatality Rates for COVID-19: Systematic Review, Meta-Analysis, and Public Policy Implications | medRxiv) et Brazeau et al. de l’Imperial College (2020-10-29-COVID19-Report-34.pdf (imperial.ac.uk))

Vu l’importance des déterminants sociaux (pesant notamment sur les comorbidités) et des facteurs environnementaux dans la propagation de l’épidémie et la mortalité liée au Covid-19,5https://academic.oup.com/heapol/advance-article/doi/10.1093/heapol/czaa161/6095794?searchresult%253D1%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713702000%26amp;usg%3DAOvVaw1lfdYYMaw9iiCSszN30swm&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw2-4r-ENN7vd_kiwhoSC3hQ">Socio-economic determinants of global COVID-19 mortalities: policy lessons for current and future pandemics | Health Policy and Planning | Oxford Academic (oup.com) il faut se rendre à l’évidence qu’une partie de ces décès est “structurellement inévitable” à court terme. Dès lors, faisons à nouveau l’hypothèse haute selon laquelle les mesures les plus drastiques et efficaces permettraient d’éviter 50% des décès attendus. En appliquant la borne supérieure des estimations de mortalité attendue (IFR estimés par Levin et al. ci-dessus), cela voudrait dire qu’au maximum, les mesures actuelles de pseudo-confinement pourraient potentiellement encore “éviter” 60.000 décès à moyen terme. Or, on estime qu’en Belgique, les personnes décédées du Covid-19 avaient encore, en moyenne, une espérance de vie de 7,4 ans pour les femmes et de 8,7 ans pour les hommes.6https://www.nature.com/articles/s41598-021-83040-3%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713702000%26amp;usg%3DAOvVaw1DSzhz4Vroux5i2N_3gbzo&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw1VURRYC4nsjOaMTASRpekz">Years of life lost to COVID-19 in 81 countries | Scientific Reports (nature.com) En arrondissant, on peut donc estimer qu’au mieux (borne supérieure), les mesures prises pourraient contribuer à “épargner” quelque 483.000 années de vie.

Notons qu’il s’agit d’une borne maximale largement surestimée car: (i) les taux de létalité par âge calculés par Levin et al. sont très élevés, supérieurs à ceux calculés par l’Imperial College notamment, et susceptibles de se réduire avec le temps, avec l’amélioration de la prise en charge des malades et le développement de nouveaux traitements; (ii) 70% d’infectés est une borne maximum pour une immunité “naturelle” et l’arrivée de la vaccination devrait réduire considérablement le nombre de personnes à risque d’être infectées (et donc, paradoxalement, les bénéfices des mesures non-pharmaceutiques!); (iii) le poids des facteurs structurels, que l’on ne peut modifier à court terme, est probablement supérieur à ce que nous avons considéré comme hypothèse quant au “pouvoir d’impact” des mesures individuelles (d’autres auteurs, par exemple, estiment que les mesures ne peuvent contribuer à réduire que 30% des décès); (iv) nous avons ici utilisé comme “contrefactuel” l’absence totale de mesures – or, il va sans dire qu’un scénario plus réaliste serait celui où l’on met en oeuvre des mesures “light”, ayant un impact sur la limitation de l’épidémie, mais sans trop d’effets indésirés par ailleurs (hygiène, limitation des contacts à l’intérieur, protection ciblée des personnes en maison de repos, …).

Des années de vies perdues?

Un des principes de base de la santé publique et du système de santé belge est celui de l’équité. Contrairement à l’égalité qui suppose le même traitement pour tous, l’équité suppose un traitement différencié en fonction des besoins de chacun (traitement égal à besoin égal). Sans nier l’occurrence (rare) de formes graves de la maladie chez certains individus a priori sans comorbidité, vu l’innocuité presque totale du SARS-CoV-2 pour les moins de 45 ans (IFR inférieur à celui de la grippe, comme indiqué dans le tableau ci-dessus) et l’âge moyen très élevé de la plupart des personnes décédées du Covid-19,7En moyenne, 84 ans pour les hommes et 89 ans pour les femmes en Belgique, selon une étude publiée dans Nature Years of life lost to COVID-19 in 81 countries | Scientific Reports … Continue reading les mesures visant à contrôler l’épidémie sont clairement des mesures “pro-personnes âgées” et “pro-personnes atteintes de comorbidités”. Ceci peut se justifier en termes de solidarité et d’équité. Mais jusqu’à quel point?

En effet, les mesures ont non seulement un coût financier énorme, assumé par la collectivité (coût des tests, des mesures de compensation pour l’horeca et autres secteurs à l’arrêt forcé, …) mais aussi des effets délétères sur les autres soins (par exemple, sur le plan des cancers non diagnostiqués à temps)8https://www.rtbf.be/info/societe/detail_cinq-mille-diagnostics-de-cancer-non-poses-depuis-mars?id%253D10636413%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713694000%26amp;usg%3DAOvVaw1GVBbLLjkAQ8AUzUaz-Hl6&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw3zTCrSugw4u9PHB0TqHxVb">Coronavirus en Belgique : cinq mille diagnostics de cancer non posés depuis mars (rtbf.be) et des effets dramatiques sur l’économie et la société. Il en résulte un appauvrissement et une dégradation de la santé, tant physique que mentale, d’une large frange de la population. Une fois de plus, il est difficile d’évaluer précisément l’ensemble de ces effets, et encore plus de les attribuer aux mesures prises par le gouvernement. Nous nous contentons ici d’en estimer deux catégories.

Les coûts de l’appauvrissement

Il est bien connu que ce qu’on regroupe sous le terme générique de “déterminants sociaux de la santé” a un effet considérable sur les résultats sanitaires, et pèse même beaucoup plus dans ces résultats que les interventions médicales.9https://oxford.universitypressscholarship.com/view/10.1093/acprof:oso/9780198565895.001.0001/acprof-9780198565895%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713692000%26amp;usg%3DAOvVaw3IIin065FRslaG-MJUUqtK&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw0MIgUau4RPdT27VwlUISci">Social Determinants of Health – Oxford Scholarship (universitypressscholarship.com) Cela se traduit, par exemple, par une espérance de vie supérieure pour les populations les plus aisées et éduquées, comparativement aux populations plus pauvres ou moins éduquées. C’est aussi le cas en Belgique, où l’espérance de vie est de trois ans supérieure pour les classes ayant un haut niveau d’éducation par rapport à celles ayant un faible niveau d’éducation, et de trois ans supérieure en Flandre qu’en Wallonie, par exemple.10https://www.healthybelgium.be/en/health-status/life-expectancy-and-quality-of-life/life-expectancy%2523:~:text%253DBelgium%252520is%252520however%252520ranking%252520quite,only%25252079.6%252520years%252520among%252520men.%2526text%253DLarge%252520regional%252520disparities%252520are%252520observed,)%252520and%252520Wallonia%252520(80.3).%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713693000%26amp;usg%3DAOvVaw2oimhqwwX3Xfx0bVhp6yre&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw2WshifjQGCj-RIS1q0lrC8">Life expectancy – For a Healthy Belgium Et si l’on réalise une comparaison sur base d’un indicateur incorporant la qualité perçue de la santé, les différences d’espérance de vie en bonne santé entre les classes privilégiées et démunies peuvent monter jusqu’à 15 ou même 25 ans!11https://www.sciensano.be/fr/biblio/socio-economic-inequalities-health-expectancy-belgium%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713711000%26amp;usg%3DAOvVaw2FQEDKu6ToqUHv13MB7MUo&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw1G6L1DA03FWHPl1skEBxD4">Socio-economic inequalities in health expectancy in Belgium. | sciensano.be

Revenons à nos estimations. Déjà, en avril 2020, le Bureau fédéral du Plan estimait que l’indicateur de privation matérielle sévère passerait de 4,6 % de la population en 2019 à 6,5 % en 2020, soit environ 218.000 personnes basculant dans la pauvreté.12https://www.plan.be/uploaded/documents/202004290925290.REP_BIEN-ETRE_COVID-19_12141.pdf%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713704000%26amp;usg%3DAOvVaw3mU8ClAnH4WebZ6z0HSmqL&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw3KZ52g3-Ozvi8yDM1dJXDD">https://www.plan.be/uploaded/documents/202004290925290.REP_BIEN-ETRE_COVID-19_12141.pdf  Plus récemment, la Banque nationale de Belgique a estimé que d’ici l’automne 2021, 100.000 emplois seraient perdus.13https://www.nbb.be/fr/publications-et-recherche/publications-economiques-et-financieres/projections-economiques-pour-la%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713703000%26amp;usg%3DAOvVaw26HmPr3WgLzQMyKtLNmf-k&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw2XV5raDDKnPWqZJYko6cEB">Projections économiques pour la Belgique | nbb.be Une partie des personnes précarisées à court terme devrait – nous l’espérons – retrouver un niveau de vie décent dans les années à venir. Néanmoins, en tenant compte de l’impact sur les ménages (conjoints, enfants), si l’on fait l’hypothèse que les mesures dites non-pharmaceutiques prises par nos autorités pour lutter contre le Covid-19 poussent 200.000 personnes dans la pauvreté et/ou la détresse, leur ôtant de ce fait deux années d’espérance de vie. Nous sommes déjà à 400.000 années de vie “perdues” du fait des mesures. Alternativement, si l’on pose l’hypothèse de 300.000 personnes poussées dans la pauvreté et/ou la détresse du fait des mesures, on arrive à 600.000 années de vie “perdues”, soit plus que le nombre d’années de vie potentiellement “épargnées” par les mesures de lutte contre le Covid-19.

Les coûts de la santé mentale

Ajoutons à celà les estimations liées à la santé mentale et l’on dépasse largement l’équilibre acceptable. En effet, il est reconnu que l’absence de soutien social et le manque d’intégration sociale constituent des facteurs bien plus déterminants de la santé mentale et physique que, par exemple, les comportements jugés néfastes pour la santé (tabac, alcool, sédentarité).14https://theconversation.com/loin-des-yeux-proche-du-coeur-le-lien-social-au-temps-du-coronavirus-134086%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713707000%26amp;usg%3DAOvVaw0i0bD6_-GBDf2GXeLy-1L9&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw29_yaUoFjoxyiP_meJl7La">Loin des yeux, proche du cœur ! Le lien social au temps du coronavirus (theconversation.com) 15https://observatoireprevention.org/2017/05/03/lisolement-social-important-facteur-de-risque-de-mortalite-prematuree/%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713708000%26amp;usg%3DAOvVaw3h5DC5ni_92-33TQ9QekU7&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw0b4FH6FDJx4w95UpQGbvQe">https://observatoireprevention.org/2017/05/03/lisolement-social-important-facteur-de-risque-de-mortalite-prematuree/ En particulier, le confinement prolongé engendre des problèmes substantiels de santé mentale: chez les personnes déjà fragiles, il aggrave la situation et chez d’autres, il en crée.16https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1957255720301164%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713699000%26amp;usg%3DAOvVaw05atUquoR3ovMM8Ot_5NHk&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw2w5xHz2wavY1MuofEwlY_q">https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1957255720301164 Or, la littérature démontre combien les problèmes aigus de santé mentale entraînent une réduction significative de l’espérance de vie – de l’ordre de 10 à 15 ans en moyenne.17https://www.santementale.fr/actualites/esperance-de-vie-reduite-et-mortalite-prematuree-en-cas-de-troubles-psychiques-severes.html pour la France. Mortality and life expectancy in persons with … Continue reading Déjà en juillet 2020, certains services psychiatriques tiraient la sonnette d’alarme.{{{https://www.levif.be/actualite/belgique/hospitalisations-psychiatriques-sous-contrainte-la-situation-devient-incontrolable-carte-blanche/article-opinion-1314969.html}}} En temps normal, 15% de la population âgée de 15 ans et plus présente des symptômes pouvant évoquer un trouble dépressif.18https://www.ssmg.be/sm3/%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713688000%26amp;usg%3DAOvVaw0kQ5pygqlYW0qN8vINKlk-&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw0w1T61KTm8a57GzlnDplSB">https://www.ssmg.be/sm3/ Ce chiffre s’est accru d’au moins 50% en décembre 2020. Le Bureau du Plan s’en inquiétait en janvier 2021, s’alarmant du coût caché au niveau de la santé mentale de cette pandémie.19https://www.plan.be/uploaded/documents/202101220330150.PUB_ART_007_COVI_13332_F.pdf%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713689000%26amp;usg%3DAOvVaw14hKcqL2Vy9qxf2KMTOFWq&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw37Yg4MCpCbk7L9WsrNHeKe">https://www.plan.be/uploaded/documents/202101220330150.PUB_ART_007_COVI_13332_F.pdf Les chiffres d’hospitalisations psychiatriques sont éminemment plus complexes à générer que des nombres de tests PCR positifs ou des entrées en soins intensifs, mais il apparaît déjà que la saturation des lits disponibles en pédopsychiatrie soit atteinte.20https://www.lalibre.be/debats/opinions/en-pedopsychiatrie-le-tri-a-commence-601d6da27b50a652f7a5c296%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713705000%26amp;usg%3DAOvVaw3E2Ploc11SH7jc0xRqmYQz&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw15x26x9F9FIXBxsvvKtVUp">En pédopsychiatrie, le tri des patients a commencé… – La Libre

Si l’on retient les chiffres du Bureau du Plan, à savoir une hausse de 50% des dépressions de septembre à décembre 2020 (16 à 22%), ceci signifie une augmentation de 6 points de pourcentage de la population de plus de 18 ans touchée, soit un accroissement d’environ 660.000 personnes en chiffres absolus. On peut raisonnablement estimer qu’une part non négligeable verra donc son espérance de vie réduite. Si l’on fait une hypothèse basse de 100.000 Belges (⅙) voyant leur vie réduite de 13 ans (hypothèse faible), on est déjà à 1,3 million d’années de réduction d’espérance de vie. Il est probable qu’une partie de ces personnes fasse également partie de la population tombant sous le coup de la déprivation matérielle (les deux ne s’additionnent donc pas entièrement), mais cette estimation demeure basse.21Certaines études parlent d’un doublement des problèmes de santé mentale si l’on est chômeur plutôt que cadre. … Continue reading En effet, elle est fondée sur des données partiellement antérieures au deuxième confinement (septembre 2020) et s’achevant en décembre 2020. Par ailleurs, on sait qu’en termes de santé mentale, de tels chiffrages demeurent relatifs et il faut rester prudent. D’autant qu’il est notoire que les impacts au niveau de la santé mentale mettent plus de temps à se manifester… Depuis lors, ces chiffres se sont plus que très probablement accrus.

Que conclure?

Les estimations présentées ci-dessus sont incomplètes et imparfaites: ainsi, nous n’avons pas visé l’exhaustivité dans l’appréciation des “effets secondaires” des mesures (en particulier, nous n’avons comptabilisé que la mortalité liée au Covid-19, et non les coûts liés aux soins ou la perte d’années de vie en bonne santé dues aux effets à long terme du Covid-19 pour ceux qui ont survécu), et nos hypothèses de calcul pourraient être affinées. A titre de comparaison, notre collègue Lieven Annemans de l’Université de Gand a effectué une analyse coûts-bénéfices du premier confinement en Belgique en utilisant les QALYs (quality-adjusted life years) comme indicateur; il estime que 230.000 personnes ont été poussées dans la privation sévère, perdant de ce fait deux années d’espérance de vie, et que 826.000 personnes ont sombré dans l’anxiété, résultant en 87.000 QALYs perdus; il intègre également d’autres éléments dans ses calculs (coût du renoncement aux soins, …), et conclut que les coûts du confinement dépassent ses bénéfices, comparé à des mesures plus “light”.22Annemans, Lieven. Trends and societal impact of COVID19 – The need for a comprehensive response balancing multiple perspectives. Antwerp, October 21st, 2020 Pour notre part, nous n’avons ci-dessus considéré comme contrefactuel que l’absence totale de mesures – or, il va sans dire qu’un scénario plus réaliste serait celui où l’on met en oeuvre des mesures “light”, ayant un impact sur la limitation de l’épidémie, mais sans trop d’effets indésirés par ailleurs (hygiène, limitation des contacts à l’intérieur, protection ciblée des personnes en maison de repos, …).

Il n’en demeure que ce genre d’analyse comparant les bénéfices et les coûts des mesures devrait être mené systématiquement avant de décider de l’imposition ou de la prolongation des mesures – ceci, d’autant plus qu’il n’est pas démontré que des mesures fortes font mieux que des mesures soft. Ainsi par exemple, une étude américaine a calculé les coûts et les bénéfices, mesurés en années de vie, de la fermeture des écoles primaires. Elle a estimé que l’absence d’enseignement en 2020 pourrait être associée à une perte estimée à, en moyenne, 13,8 millions d’années de vie selon les données américaines et 0,8 million d’années de vie selon les données européennes, soit des pertes probablement plus importantes que ce qui aurait été observé dû à l’expansion de la première vague de la pandémie en laissant les écoles primaires ouvertes.23Estimation of US Children’s Educational Attainment and Years of Life Lost Associated With Primary School Closures During the Coronavirus Disease 2019 Pandemic | Child Development | JAMA Network … Continue reading Ceci est d’autant plus troublant que d’autres études montrent que des mesures plus “douces” d’incitation au changement de comportement sont beaucoup plus efficaces pour ralentir la propagation de l’épidémie que la fermeture des écoles.24https://jamanetwork.com/journals/jamapediatrics/fullarticle/2776608?guestAccessKey%253D94e66708-cbe2-4a53-8a66-ec18e38255bb%2526utm_source%253Dsilverchair%2526utm_campaign%253Djama_network%2526utm_content%253Dcovid_weekly_highlights%2526utm_medium%253Demail%2526fbclid%253DIwAR2T2FDu7tESOcsn5ULvVrcUNNWpKnODTiHuT4-nmcalsAUX8NEWjny0ElU%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713696000%26amp;usg%3DAOvVaw0BgavL7LaB70lwMJLGWg5_&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw2mcDzZ0InXcUNtkonifF21">Association of the Timing of School Closings and Behavioral Changes With the Evolution of the Coronavirus Disease 2019 Pandemic in the US | Infectious Diseases | JAMA Pediatrics | JAMA Network Des tentatives de modélisation de “comment optimiser le mix de mesures sous contraintes” ont dès lors été proposées.25https://www.imperial.ac.uk/media/imperial-college/medicine/mrc-gida/2020-11-16-COVID19-Report-35.pdf%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713706000%26amp;usg%3DAOvVaw3CyBgiiiKjjQgnAvLSo_u_&sa=D&source=editors&ust=1614772713780000&usg=AOvVaw3rwuI8Ltyn88E2dcQe8phk">2020-11-16-COVID19-Report-35.pdf (imperial.ac.uk)

Aussi partielles soient-elles, nos évaluations ci-dessus – qui, pourtant, surestiment probablement les bénéfices des mesures de restriction au niveau des années de vie épargnées et sous-estiment leurs coûts au niveau des années de vie perdues – montrent une balance “immédiate” en défaveur des mesures “dures” telles qu’encore imposées en Belgique à ce jour. Tout indique par ailleurs qu’il est possible d’éviter une bonne partie des décès attribuables au Covid-19 en appliquant des mesures “light” et ciblées ayant beaucoup moins d’effets collatéraux. Cela veut-il dire que nos dirigeants décident, sciemment, de réduire l’espérance de vie des Belges? Nous osons espérer que non, et pensons qu’ils sont, à l’instar d’une large frange de la population, plutôt aveuglés par un horizon temporel de décision très court – et que, ce faisant, ils appliquent, inconsciemment ou non, un taux d’actualisation qui réduit le poids des coûts (et bénéfices) futurs. Mais jusqu’où est-il acceptable de réduire le poids de la vie des pauvres et des vulnérables à moyen terme? Comment, enfin, les faire compter dans la “balance” de la prise de décision politique?

Les mesures les plus radicales qui empêchent toute une frange de la population de gagner dignement sa vie et la majorité d’entre nous d’avoir un minimum de vie sociale tuent… plus que le Covid-19. Il est temps de s’en inquiéter.

Auteurs principaux

  • Elisabeth Paul (ULB)
  • Olivier Servais (UCLouvain)

Peer-reviewers

  • Lieven Annemans (UGent)
  • Martin Buysse (UCLouvain)
  • Emilie Corswarem (ULiège)
  • Mélanie Dechamps (UCLouvain)
  • Christine Dupont (UCLouvain)
  • Denis Flandre (UCLouvain)
  • Vincent Laborderie (UCLouvain)

Notes

Notes
1 https://theconversation.com/evaluer-les-effets-des-differentes-mesures-de-lutte-contre-le-covid-19-mission-impossible-135060%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713700000%26amp;usg%3DAOvVaw2I8DY_Nsq6v_pMv3QXT2SQ&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw0aq45InnrWBlJFux4YkvG7">Évaluer les effets des différentes mesures de lutte contre le Covid-19, mission impossible ? (theconversation.com)
2 https://academic.oup.com/heapol/advance-article/doi/10.1093/heapol/czaa161/6095794?searchresult%253D1%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713691000%26amp;usg%3DAOvVaw3LZMrboF34cweM0Zxdghdg&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw2hpL19wzAVU4hFA7LOQsxS">Socio-economic determinants of global COVID-19 mortalities: policy lessons for current and future pandemics | Health Policy and Planning | Oxford Academic (oup.com)
3 Voir par exemple: https://www.theguardian.com/world/2021/feb/14/coronavirus-covid-19-cost-price-life%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713709000%26amp;usg%3DAOvVaw3tPIKvrZMAumPlYMyOp3MU&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw0a60KOmUIjY2k9RQOdUhxj">Has Covid changed the price of a life? | Coronavirus | The Guardian
4 https://theconversation.com/evaluer-les-effets-des-differentes-mesures-de-lutte-contre-le-covid-19-mission-impossible-135060%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713701000%26amp;usg%3DAOvVaw2wrvNtm48tuL5nOGnz6H2k&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw3LuZ1oetxEIhr7l1uw-C5d">Évaluer les effets des différentes mesures de lutte contre le Covid-19, mission impossible ? (theconversation.com)
5 https://academic.oup.com/heapol/advance-article/doi/10.1093/heapol/czaa161/6095794?searchresult%253D1%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713702000%26amp;usg%3DAOvVaw1lfdYYMaw9iiCSszN30swm&sa=D&source=editors&ust=1614772713776000&usg=AOvVaw2-4r-ENN7vd_kiwhoSC3hQ">Socio-economic determinants of global COVID-19 mortalities: policy lessons for current and future pandemics | Health Policy and Planning | Oxford Academic (oup.com)
6 https://www.nature.com/articles/s41598-021-83040-3%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713702000%26amp;usg%3DAOvVaw1DSzhz4Vroux5i2N_3gbzo&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw1VURRYC4nsjOaMTASRpekz">Years of life lost to COVID-19 in 81 countries | Scientific Reports (nature.com)
7 En moyenne, 84 ans pour les hommes et 89 ans pour les femmes en Belgique, selon une étude publiée dans Nature https://www.nature.com/articles/s41598-021-83040-3%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713697000%26amp;usg%3DAOvVaw2Zu4TdxmQTvECi_T4-agwQ&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw3wgk1Pb2zICAtwbkbddRW1">Years of life lost to COVID-19 in 81 countries | Scientific Reports (nature.com) – supplementary material https://static-content.springer.com/esm/art%25253A10.1038%25252Fs41598-021-83040-3/MediaObjects/41598_2021_83040_MOESM1_ESM.pdf%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713698000%26amp;usg%3DAOvVaw1bIIUORa684NmqJ8OiEaNQ&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw2YFsQ1bow6hdxIVEccrJpX">41598_2021_83040_MOESM1_ESM.pdf (springer.com)
8 https://www.rtbf.be/info/societe/detail_cinq-mille-diagnostics-de-cancer-non-poses-depuis-mars?id%253D10636413%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713694000%26amp;usg%3DAOvVaw1GVBbLLjkAQ8AUzUaz-Hl6&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw3zTCrSugw4u9PHB0TqHxVb">Coronavirus en Belgique : cinq mille diagnostics de cancer non posés depuis mars (rtbf.be)
9 https://oxford.universitypressscholarship.com/view/10.1093/acprof:oso/9780198565895.001.0001/acprof-9780198565895%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713692000%26amp;usg%3DAOvVaw3IIin065FRslaG-MJUUqtK&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw0MIgUau4RPdT27VwlUISci">Social Determinants of Health – Oxford Scholarship (universitypressscholarship.com)
10 https://www.healthybelgium.be/en/health-status/life-expectancy-and-quality-of-life/life-expectancy%2523:~:text%253DBelgium%252520is%252520however%252520ranking%252520quite,only%25252079.6%252520years%252520among%252520men.%2526text%253DLarge%252520regional%252520disparities%252520are%252520observed,)%252520and%252520Wallonia%252520(80.3).%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713693000%26amp;usg%3DAOvVaw2oimhqwwX3Xfx0bVhp6yre&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw2WshifjQGCj-RIS1q0lrC8">Life expectancy – For a Healthy Belgium
11 https://www.sciensano.be/fr/biblio/socio-economic-inequalities-health-expectancy-belgium%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713711000%26amp;usg%3DAOvVaw2FQEDKu6ToqUHv13MB7MUo&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw1G6L1DA03FWHPl1skEBxD4">Socio-economic inequalities in health expectancy in Belgium. | sciensano.be
12 https://www.plan.be/uploaded/documents/202004290925290.REP_BIEN-ETRE_COVID-19_12141.pdf%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713704000%26amp;usg%3DAOvVaw3mU8ClAnH4WebZ6z0HSmqL&sa=D&source=editors&ust=1614772713777000&usg=AOvVaw3KZ52g3-Ozvi8yDM1dJXDD">https://www.plan.be/uploaded/documents/202004290925290.REP_BIEN-ETRE_COVID-19_12141.pdf 
13 https://www.nbb.be/fr/publications-et-recherche/publications-economiques-et-financieres/projections-economiques-pour-la%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713703000%26amp;usg%3DAOvVaw26HmPr3WgLzQMyKtLNmf-k&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw2XV5raDDKnPWqZJYko6cEB">Projections économiques pour la Belgique | nbb.be
14 https://theconversation.com/loin-des-yeux-proche-du-coeur-le-lien-social-au-temps-du-coronavirus-134086%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713707000%26amp;usg%3DAOvVaw0i0bD6_-GBDf2GXeLy-1L9&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw29_yaUoFjoxyiP_meJl7La">Loin des yeux, proche du cœur ! Le lien social au temps du coronavirus (theconversation.com)
15 https://observatoireprevention.org/2017/05/03/lisolement-social-important-facteur-de-risque-de-mortalite-prematuree/%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713708000%26amp;usg%3DAOvVaw3h5DC5ni_92-33TQ9QekU7&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw0b4FH6FDJx4w95UpQGbvQe">https://observatoireprevention.org/2017/05/03/lisolement-social-important-facteur-de-risque-de-mortalite-prematuree/
16 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1957255720301164%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713699000%26amp;usg%3DAOvVaw05atUquoR3ovMM8Ot_5NHk&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw2w5xHz2wavY1MuofEwlY_q">https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1957255720301164
17 https://www.santementale.fr/actualites/esperance-de-vie-reduite-et-mortalite-prematuree-en-cas-de-troubles-psychiques-severes.html%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713686000%26amp;usg%3DAOvVaw2r1tcCOIE4hs4M2VNXwLc0&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw1wEw_yKe8p_PQKMXXuhEcA">https://www.santementale.fr/actualites/esperance-de-vie-reduite-et-mortalite-prematuree-en-cas-de-troubles-psychiques-severes.html pour la France. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26773921/%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713687000%26amp;usg%3DAOvVaw2NpLIMvboE7pqfzxUI9m8U&sa=D&source=editors&ust=1614772713778000&usg=AOvVaw3-opIky4n8d7tu7ycgp8S3">Mortality and life expectancy in persons with severe unipolar depression – PubMed (nih.gov) pour le Danemark. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27227239/%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713687000%26amp;usg%3DAOvVaw0M7pOgCzvHslKERLcycGHA&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw3Y-e6DGaLQbRFBm5GMesRa">Excess Mortality from Mental, Neurological, and Substance Use Disorders in the Global Burden of Disease Study 2010 – PubMed (nih.gov) au niveau mondial
18 https://www.ssmg.be/sm3/%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713688000%26amp;usg%3DAOvVaw0kQ5pygqlYW0qN8vINKlk-&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw0w1T61KTm8a57GzlnDplSB">https://www.ssmg.be/sm3/
19 https://www.plan.be/uploaded/documents/202101220330150.PUB_ART_007_COVI_13332_F.pdf%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713689000%26amp;usg%3DAOvVaw14hKcqL2Vy9qxf2KMTOFWq&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw37Yg4MCpCbk7L9WsrNHeKe">https://www.plan.be/uploaded/documents/202101220330150.PUB_ART_007_COVI_13332_F.pdf
20 https://www.lalibre.be/debats/opinions/en-pedopsychiatrie-le-tri-a-commence-601d6da27b50a652f7a5c296%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713705000%26amp;usg%3DAOvVaw3E2Ploc11SH7jc0xRqmYQz&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw15x26x9F9FIXBxsvvKtVUp">En pédopsychiatrie, le tri des patients a commencé… – La Libre
21 Certaines études parlent d’un doublement des problèmes de santé mentale si l’on est chômeur plutôt que cadre.  https://www.cairn.info/lutter-contre-les-inegalites-sociales-de-sante--9782859529840-page-239.htm%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713710000%26amp;usg%3DAOvVaw1CMBKesujD5qVSh2OaYV7h&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw3oNKFWVMQRNcKuArsj01oL">https://www.cairn.info/lutter-contre-les-inegalites-sociales-de-sante–9782859529840-page-239.htm 
22 Annemans, Lieven. Trends and societal impact of COVID19 – The need for a comprehensive response balancing multiple perspectives. Antwerp, October 21st, 2020
23 https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2772834?utm_source%253Dsilverchair%2526utm_medium%253Demail%2526utm_campaign%253Darticle_alert-jamanetworkopen%2526utm_content%253Dwklyforyou%2526utm_term%253D111320%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713695000%26amp;usg%3DAOvVaw2O8ZtThscr0sW6uidz82TM&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw3L4CCWuSbTHh7Br0FJXDAX">Estimation of US Children’s Educational Attainment and Years of Life Lost Associated With Primary School Closures During the Coronavirus Disease 2019 Pandemic | Child Development | JAMA Network Open | JAMA Network
24 https://jamanetwork.com/journals/jamapediatrics/fullarticle/2776608?guestAccessKey%253D94e66708-cbe2-4a53-8a66-ec18e38255bb%2526utm_source%253Dsilverchair%2526utm_campaign%253Djama_network%2526utm_content%253Dcovid_weekly_highlights%2526utm_medium%253Demail%2526fbclid%253DIwAR2T2FDu7tESOcsn5ULvVrcUNNWpKnODTiHuT4-nmcalsAUX8NEWjny0ElU%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713696000%26amp;usg%3DAOvVaw0BgavL7LaB70lwMJLGWg5_&sa=D&source=editors&ust=1614772713779000&usg=AOvVaw2mcDzZ0InXcUNtkonifF21">Association of the Timing of School Closings and Behavioral Changes With the Evolution of the Coronavirus Disease 2019 Pandemic in the US | Infectious Diseases | JAMA Pediatrics | JAMA Network
25 https://www.imperial.ac.uk/media/imperial-college/medicine/mrc-gida/2020-11-16-COVID19-Report-35.pdf%26amp;sa%3DD%26amp;source%3Deditors%26amp;ust%3D1614772713706000%26amp;usg%3DAOvVaw3CyBgiiiKjjQgnAvLSo_u_&sa=D&source=editors&ust=1614772713780000&usg=AOvVaw3rwuI8Ltyn88E2dcQe8phk">2020-11-16-COVID19-Report-35.pdf (imperial.ac.uk)

Rouvrir l’enseignement supérieur à 50% de présence offrira de meilleures garanties sanitaires qu’à 20%, ainsi qu’une pédagogie digne de ce nom

Résumé

Il se murmure que des assouplissements sont envisagés dans l’enseignement supérieur, pour permettre, début mars, une reprise des activités en présentiel avec une jauge de 20% qui correspondrait dans les grandes lignes au code orange tel qu’il avait été défini pendant l’été 2020.

Si nous nous réjouissons évidemment de cette perspective de réouverture de l’enseignement supérieur, nous sommes inquiets de la découvrir si faible – et, par ailleurs, si tardive et difficile à appliquer.

  1. C’est a minima le code jaune, et non l’orange, qui correspond aux recommandations OMS pour la situation épidémiologique qui prévaut actuellement.
  2. La population étudiante n’est statistiquement pas à risque: au plus fort des deux phases épidémiques que nous avons connues, la catégorie d’âge 18-25, qui réunit davantage de citoyens que les seuls étudiants, a représenté au plus quelques pourcents des hospitalisations étiquetées Covid, d’une durée moyenne relativement courte. Par contre, la détresse de certains étudiants est alarmante et nécessite un changement de paradigme urgent, qui pourrait s’avérer impossible dans le cas d’un scénario minimaliste tel que le code orange et sa jauge de 20%. 
  3. La fermeture des auditoires ne semble pas avoir eu la moindre répercussion sur le taux de reproduction de l’épidémie : l’impact éventuel du passage en code rouge le 26 octobre 2020 n’était pas attendu avant le début de la deuxième semaine de novembre, date à laquelle la courbe des admissions à l’hôpital poursuivait, en échelle logarithmique, sa décroissance à pente constante.
  4. (a) La jauge de 20% est globalement insuffisante pour permettre un enseignement présentiel de qualité, juste et équitable pour chaque étudiant – épanouissement, équilibre et santé mentale compris, lesquels ont été soumis à rude épreuve au cours des derniers mois. Quoique toujours contraignant, le code jaune et ses 50% rencontre ces exigences.
    (b) Pour ceux qui disposent d’un logement sur leur campus, cette jauge implique de le réintégrer pour une durée utile d’un jour par semaine, mais pour des raisons pratiques,  cette durée serait fragmentée sur la semaine. Ces étudiants sont, le reste du temps, livrés à eux-mêmes, en attente, sans lieu, cadre, structure ni rythme appropriés, alors que les vastes infrastructures ventilées dont disposent les établissements d’enseignement supérieur sont des lieux adéquats pour les accueillir dans les meilleures conditions à la fois sanitaires et pédagogiques sur base plus régulière, comme ce serait le cas en code jaune.
    (c) Pour tous les établissements, la jauge de 20 % entraîne d’une part des choix difficiles, et d’autre part des défis administratifs et logistiques qui sont de nature à les décourager de la respecter, ou à les inviter à y renoncer pour rester dans le confort opérationnel de l’enseignement à distance, nonobstant ses dégâts pédagogiques et humains. Le code orange n’est donc pas loin d’un statu quo qui ne dit pas son nom. A contrario, les premières semaines de l’année académique ont montré l’efficacité d’une jauge de 50% pour garantir dans les meilleures conditions le minimum de présentiel requis pour chaque étudiant malgré l’hétérogénéité des parcours.
  5. La responsabilisation de la population étudiante (respect des gestes-barrières et, singulièrement pour la population constituée en “bulles de kots” sur le campus, de la limite stricte des interactions avec des parents et proches à risque) est un objectif plus facilement accessible si l’on met un terme aux restrictions les plus sévères d’accès à l’enseignement. Elle est en outre significativement plus prometteuse que la diabolisation dont cette population a fait les frais dans le débat public, sans fondements, au cours des derniers mois.
  6. Enfin, de par notre expérience du passé, la proactivité prophylactique des infrastructures universitaires, et l’immunité globale partiellement acquise par la maladie ou la vaccination, une reprise éventuelle de l’épidémie dans la population étudiante aurait un impact limité sur nos systèmes de santé.

En vertu de ces éléments, nous demandons instamment à nos autorités politiques une réouverture de l’enseignement supérieur en code jaune dès le 1er mars. Certains enseignants sont prêts à embrayer directement, d’autres auront besoin d’un peu plus de temps. L’enseignement hybride permet une adaptation souple aux réalités du terrain.

Introduction

Depuis le 13 mars 2020 et le premier confinement, l’enseignement supérieur a joué presque constamment à bureaux fermés. Les inconvénients et défauts majeurs d’un enseignement exclusivement ou quasi-exclusivement en distanciel avaient déjà été pointés du doigt dans une Carte Blanche (Le Soir du 8 juin 2020) signée par près de 300 représentants du monde académique et scientifique. Pourtant, seules les cinq premières semaines du premier quadrimestre de l’année académique 2020-2021 ont pu se dérouler en code jaune, c’est-à-dire avec un taux de remplissage des locaux de l’ordre de 50%. Un bref passage d’une semaine en code orange (taux de remplissage de l’ordre de 20%) a été imposé le 19 octobre 2020. Le code orange était également d’application pour les sessions d’examens d’août 2020 et de janvier 2021. Depuis le 26 octobre 2020, seules les activités pratiques demandant du matériel spécifique se poursuivent en présentiel. Dans certaines filières d’étude, ces activités peuvent être significatives dans l’emploi du temps de l’étudiant, mais dans beaucoup d’autres, elles sont tout simplement absentes.

En pratique, beaucoup d’étudiants n’ont donc plus eu aucun contact en présentiel, ni avec les enseignants, ni avec d’autres étudiants, depuis bientôt 4 mois (excepté pour un examen ou l’autre). Les répercussions de cet état de fait se font sentir tant sur le plan pédagogique que sur celui de la santé mentale des étudiants et du personnel des établissements d’enseignement supérieur. Selon l’OMS, « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». La situation sanitaire à laquelle nous faisons face est donc multi-facettes et englobe la lutte contre le virus ainsi que la minimisation des effets collatéraux de celle-ci. Nos jeunes souffrent psychologiquement de la situation actuelle et nous ne pouvons rester sourds à leur détresse.

Le gouvernement flamand a annoncé la semaine dernière une réouverture du supérieur à 20% dès le 15 mars. Plus précisément, il s’agit d’atteindre l’objectif de deux demi-jours de présence par semaine pour chaque étudiant. Il semble que le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’apprête également à proposer une réouverture sur cette base de “20% de présence”, dont les modalités restent à préciser. Dans les grandes lignes, on peut considérer que cela reviendrait à utiliser la capacité des locaux à concurrence de 20%.

Nous souhaitons attirer l’attention sur les risques que ferait courir une réouverture de l’enseignement supérieur à seulement 20%, et les avantages d’une contre-proposition à “50% de remplissage des auditoires”, telle que le code jaune l’implémentait il y a quelques mois.

Sur base de l’expérience de terrain de l’enseignement supérieur – et en particulier de l’année écoulée – et des données sanitaires liées tant à la gestion de l’épidémie de covid qu’à celle de la santé mentale des étudiants et du personnel des institutions d’enseignement, nous sommes convaincus qu’il faut permettre une rentrée dans les auditoires au plus vite, dès le 1er mars, et à 50%.

Une réouverture à 20% est difficile à organiser, alors que le code jaune a démontré son fonctionnement

Il est loin le temps des cohortes homogènes d’étudiants, suivant tous les mêmes cours année après année. L’application du décret Paysage et son principe d’accumulation des crédits a conduit à l’hétérogénéité des parcours étudiants. Environ un tiers des étudiants seulement (hors première année) suivent un programme correspondant à un “bloc annuel” complet de cours. Les autres cumulent des cours sur deux voire trois blocs annuels différents, en raison de “cours casseroles” qu’ils doivent encore réussir. Les programmes se sont par ailleurs complexifiés, laissant notamment la part belle aux choix de l’étudiant via des cours optionnels. Avant même l’épidémie, ces éléments couplés à l’augmentation du nombre d’étudiants avaient rendu l’organisation des cours, travaux pratiques et examens de plus en plus délicate. Conflits horaires, manque de locaux de taille suffisante, duplication d’activités sans que les moyens disponibles ne soient à la hauteur, c’était déjà le quotidien des acteurs de l’enseignement supérieur.

Dans ce contexte, organiser une réouverture en ne permettant un taux de présence que de 20% sur les campus relève de la quadrature du cercle: en effet, soit on “mise le tout” sur les premières années, qui remplissent à elles seules les 20% autorisés en se présentant à leurs cours une semaine sur deux (ce qui semblerait plus qu’opportun pour enfin “apprivoiser” l’enseignement supérieur qu’ils viennent d’entamer), soit on refuse de “sacrifier” les années supérieures et, dans ce cas, la recherche d’une solution équitable pour tous les niveaux parait impossible.

L’idée de faire venir les étudiants un jour par semaine a circulé. Sur papier, c’est élégant, mais cela ne correspond pas à la réalité de terrain. Si Noémie, qui est en bac 2, doit aussi suivre les travaux pratiques d’un cours de bac 1, il est peu vraisemblable que ses activités présentielles puissent se concentrer sur un jour unique. Et comment faire pour qu’Ahmed et Elise, tous les deux en bac 3, suivent le cours du jeudi ensemble, mais participent à des exercices pratiques programmés le mardi pour l’un et le vendredi pour l’autre puisque la taille des groupes est plus petite dans ce cas, et que les locaux spécifiques (salle de sport, service hospitalier, laboratoire de sciences, etc.) ne sont pas libres continuellement. Rappelons-nous que deux tiers des étudiants prennent des cours sur deux blocs annuels différents au moins. Un même cours est aussi régulièrement emprunté par plusieurs programmes différents. Assurer 20% de présence revient alors nécessairement à fragmenter la présence de l’étudiant sur plusieurs jours – comme en Flandre, où l’on envisage deux demi-journées –, pour très peu d’heures prévues en présentiel à chaque déplacement. Par ailleurs, même en temps normal, en particulier pour les grosses cohortes, les locaux sont généralement trop petits, et les Facultés misent sur le taux d’absentéisme naturel des étudiants pour compenser.

Le remplissage à 20% permet donc au mieux de faire venir l’étudiant une fois sur cinq pour un cours donné, mais parfois encore moins que cela. Comment organiser des activités pédagogiquement valables dans ces conditions? Et comment sélectionner les étudiants autorisés à les suivre sans générer des situations inéquitables? Bien sûr, on peut imaginer une refonte complète du calendrier et des horaires pour utiliser au mieux cette enveloppe de 20%, de mettre des priorités (par exemple aux étudiants de bac 1, mais est-ce équitable?), d’attribuer les grands locaux aux plus petits groupes (mais alors les grands groupes ne viendront pas, ce qui pénalisera surtout les bac 1, est-ce judicieux?). Des arbitrages difficiles seraient nécessaires – mais est-ce à chaque institution de les réaliser et de les assumer? – plutôt que de permettre à chaque étudiant de bénéficier de ces 20%. Après un an d’efforts colossaux, avons-nous encore les moyens et l’énergie de cette politique-là? Il apparaît d’ores et déjà que dans beaucoup de cas, les modalités du “tout à distance” seront alors poursuivies, faute de pouvoir offrir mieux.

L’application des modalités du code jaune (taux de remplissage de l’ordre de 50%) permet par contre une alternance une semaine sur deux des étudiants pour toutes les activités, ce que nous avons pu organiser tant bien que mal au début de l’année académique 2020-2021. C’est incontestablement plus opérationnalisable tout en accroissant significativement la valeur pédagogique et en étant plus équitable.

Le code jaune (“50%”) est plus en phase avec les recommandations OMS correspondant à notre situation épidémiologique actuelle

Cet élément est exposé en détail dans une analyse sur le blog covidrationnel.be1https://covidrationnel.be/2021/02/05/situation-epidemiologique-de-la-belgique-dans-le-barometre-de-loms/. Le niveau 2 recommandé par l’OMS dans la situation qui prévaut actuellement en Belgique est sans équivoque: ‘Les établissements d’éducation restent ouverts avec des mesures de lutte anti-infectieuse.’

Faire revenir les étudiants en auditoire permet de mieux contrôler l’épidémie

Le risque épidémique existe principalement en dehors des auditoires. Les étudiants, dans leurs salles de cours, bénéficient d’un cadre sanitaire contrôlé: distanciation sociale imposée, masques, gel hydroalcoolique, désinfection des surfaces de travail, aération des lieux, tracing facilité.

Dans le cadre du retour à “20%”, les étudiants, qui ont généralement de 2 à 4 cours par jour, ne viendraient bien souvent que pour un seul cours en présentiel sur leur journée. Ils se retrouveraient le reste du temps dans les bibliothèques, ou leurs kots, les centres commerciaux (rares infrastructures accessibles) et autres lieux où le cadre est moins présent voire absent, et le risque de contamination plus élevé que dans les auditoires. En effet, comme une récente étude scientifique allemande l’a révélé, un auditoire – tout comme une salle de spectacle d’ailleurs – fréquenté avec distanciation et masque est deux fois moins risqué qu’un centre commercial bondé, trois fois moins qu’un train et six fois moins qu’une école (sans masques).

Par ailleurs, il est une réalité qui devrait être intégrée par ceux qui analysent l’efficacité des mesures depuis longtemps: la vie en société crée le contrôle social, quand un pseudo-confinement le supprime. Les étudiants, comme tout être social, sont plus naturellement amenés à respecter les mesures dans des situations de collectivité et de visibilité qu’à l’abri des regards. Les universités et hautes-écoles proposent généralement des places assises en bibliothèque, mais celles-ci seraient rapidement saturées. On en vient à ouvrir des locaux supplémentaires pour accueillir ces étudiants en transit. A ce compte-là, autant permettre aux étudiants d’accéder directement à l’auditoire pour y suivre leurs cours, dans le respect des mesures.

De nombreux étudiants ont rejoint leur kot dès le démarrage du quadrimestre le 01/02/21, bien que l’enseignement ait repris uniquement à distance (hors travaux pratiques spécifiques). Ils témoignent du fait que cela les aide à garder un rythme de travail, et à entretenir des contacts sociaux avec leurs co-kotteurs. Cette reprise de la vie communautaire dans les kots n’a manifestement pas eu de répercussion tangible sur l’épidémie.

Offrir aux étudiants de suivre une majorité des cours de leur journée en présentiel permet donc en fait de minimiser les risques.

Une réouverture à 20% ne résout pas les problèmes actuels des étudiants

Le 1er mars, première date possible de réouverture car premier lundi après le Codeco, marque le début de la cinquième semaine après la rentrée de février. Il restera donc neuf semaines de cours d’ici à la fin du quadrimestre. Une présence à 20% impliquerait que chaque étudiant participerait donc (un peu moins de) deux fois en présentiel à chacun de ses cours d’ici la fin du quadrimestre. Une rentrée le 15 mars, en septième semaine, entraînerait que chaque étudiant ne verrait qu’une fois, ses enseignants en moyenne.

Cela ne résoudrait en rien les problèmes actuels des étudiants que sont la perte de motivation et le décrochage, qui amènent avec eux une vague en cours d’anxiété et de dépression2https://www.lalibre.be/planete/sante/coronavirus-anxiete-et-depression-atteignent-des-niveaux-preoccupants-chez-les-jeunes-adultes-6030ae0cd8ad5809d08c88bf. Les sondages réalisés de manière récurrente au sein de nos établissements ainsi que les témoignages de plus en plus nombreux des spécialistes de la santé mentale montrent qu’à côté d’une fraction d’étudiants qui sont déjà dans une situation dramatique, un nombre bien plus important d’entre eux y basculera si on n’agit pas suffisamment vite.

Une présence régulière sur le campus, avec 50% de remplissage des auditoires, permettrait de reconnecter les étudiants avec une vie sociale plus rassurante et leur donnant plus facilement l’occasion d’exorciser leur stress actuel et d’extérioriser leur mal-être croissant. Elle permettrait également d’assurer la quasi-intégralité des enseignements en présentiel (et notamment tous les travaux pratiques, où les taux de participation active ont drastiquement chuté depuis le passage au distanciel), et ce de manière responsable et sécurisée.

Un impact épidémiologique mesuré

Nous sommes capables de monitorer l’épidémie, et le cas échéant de réagir à temps. Pour ce qui est de ce qu’on qualifie généralement de deuxième vague, malgré une réaction certes sévère mais tardive durant la deuxième quinzaine d’octobre, la catastrophe annoncée a été évitée.

La fermeture des auditoires le 26/10/20 n’a cependant eu aucun impact sur la dynamique de cette vague. Le pic épidémiologique a été atteint début novembre, soit trop tôt pour que ces événements soient liés, et la décroissance s’est opérée avec une pente logarithmique inchangée dans le temps, même après les mesures encore plus restrictives imposées le 2/11/203Voir à ce sujet l’article https://covidrationnel.be/2021/02/16/discussion-chronologique-de-limpact-de-certaines-mesures-non-pharmaceutiques-de-lutte-anti-covid-suivant-la-2eme-vague-en-belgique/. Inversement, la rentrée universitaire de septembre, à 50% en auditoire, n’a pas eu d’impact spécifique et significatif sur la dynamique de croissance des indicateurs épidémiques en octobre.

Il est possible d’estimer l’impact que peut avoir une sous-population de taille limitée (comme les étudiants) sur l’évolution épidémiologique globale. Même avec des hypothèses conservatives, cet impact s’avère limité. Ceci s’explique par plusieurs facteurs: 1) la taille de la population étudiante est faible en comparaison avec la population globale; 2) la durée nécessaire à la propagation de l’épidémie au sein de la population étudiante s’ajoute à la durée de propagation ultérieure dans la population globale, ce qui “aplatit la courbe” selon l’expression consacrée; 3) la contamination des jeunes vers les très âgés est naturellement freinée par le peu de contacts entre ces catégories de population, et on rapporte d’ailleurs plus de cas de contamination des adultes vers les jeunes que l’inverse4Voir à ce sujet l’article: https://www.eurosurveillance.org/content/10.2807/1560-7917.ES.2021.26.7.2100065?fbclid=IwAR0exWhiI2um5pcw2KdzdX8oxB05hs6Ma8vvfq6PtDU1g2gHO5M3oCoovN0; 4) malgré ce qu’on a pu lire dans la presse sur “les jeunes qui auraient provoqué la seconde vague” ou sur un lien entre cette dernière et la rentrée universitaire, rien dans l’analyse des courbes par tranche d’âge ne permet de le conclure; 5) une véritable infrastructure préventive locale et ad-hoc est possible en milieu universitaire, avec sans doute de meilleurs effets qu’à l’échelle nationale.

Les universités, hautes-écoles et écoles supérieures des arts ont montré leur proactivité

Les professeurs des universités et hautes écoles ont montré beaucoup de créativité et de volonté dès la rentrée de septembre pour organiser un enseignement hybride, c’est-à-dire proposant des cours en présentiel, mais filmés et enregistrés, et donc disponibles pour les étudiants en distanciel. Ces cours enregistrés ‘en live’ ont également été plébiscités par les étudiants comme alternative pédagogique. Toutefois, un cours en live ne peut s’épanouir que s’il existe une interaction visuelle entre l’enseignant et les étudiants, afin de mesurer ne serait-ce que l’intelligibilité du discours et son degré de compréhension par ses destinataires.

L’enseignement hybride permet également aux étudiants de décider ce qui leur convient en termes de risque sanitaire personnel. Certains étudiants ont déjà eu la maladie, d’autres sont à risque, ou vivent avec quelqu’un à risque. Redonner un certain contrôle du niveau de risque acceptable pour chaque étudiant (et même chaque professeur) semble également un point essentiel dans la crise psychologique se déroulant actuellement.

Par ailleurs, des solutions ont été créées localement, dans de nombreuses universités et hautes écoles, pour gérer l’aspect sanitaire du retour des étudiants. On parlera notamment des auto-tests salivaires à l’ULiège, de la création d’antennes de testing locales et d’un tracing interne à l’UCLouvain, en plus de la mise en place rapide de distributeurs de gel, le marquage des places inutilisables, et d’une communication intensive via tous les canaux possibles. Les acteurs de terrains sont donc à même de constituer rapidement une réponse locale proactive à la gestion de l’épidémie. Il faut noter que les interventions éducatives et sociales de nos services de santé ne peuvent être efficaces que si le public auquel elles s’adressent y a accès, ce qui est grandement facilité par un présentiel plus marqué. De plus, l’adhésion des étudiants aux mesures peut être qualifiée de remarquable: ils ont en tous points honoré la confiance qu’on leur avait accordée.

Les universités, hautes-écoles et écoles supérieures des arts ont montré une réactivité importante lors des différentes prises de décision par le gouvernement fédéral et celui de la CFWB. Elles ont prouvé leur capacité à rouvrir, fermer, et adapter leurs modalités d’enseignement parfois en un seul week-end. Profitons de cette réactivité, en prenons l’initiative de rouvrir en code jaune dès ce lundi 1er mars, en laissant aux institutions la discrétion de leur organisation et d’un éventuel étalement de la reprise.

Le code jaune (“50%”) pour le respect de tous

Il est absolument crucial de respecter les sensibilités de chacun, étudiants et professeurs, selon leur vécu et leur risque sanitaire personnel. Dans le cadre du code jaune, il est tout à fait possible, et dans l’ADN même du concept, de permettre à chacun de décider entre le présentiel et le distanciel. Avant même de devoir songer à les sélectionner sur base arbitraire, les étudiants peuvent décider de venir en fonction de leur état de santé, de leur situation familiale ou de leur ressenti. Un système d’inscription permet ensuite de gérer les flux d’étudiants sur les campus. Certains professeurs peuvent également envisager de donner cours à distance en projetant leur cours à des étudiants en auditoire qui bénéficient ainsi d’une émulation de groupe et d’un environnement favorable à la concentration. Les collègues enseignants sont également en mesure de mutualiser leur “quota” de présentiel, ce qui à l’échelle locale (programme, bâtiment) est plus facile à réaliser qu’à l’échelle d’un établissement entier. La relative flexibilité du code jaune contribue au respect de chaque situation particulière tant au sein du corps enseignant que dans la population étudiante.

Conclusion: le code jaune (“50%”) permet de mieux rencontrer les objectifs sanitaires et d’éducation par rapport aux 20% de présence dans les établissements d’enseignement supérieur

A ce stade de la crise du coronavirus, plus personne ne conteste le fait que les étudiants du supérieur paient un prix particulièrement lourd suite aux mesures prises pour endiguer l’épidémie. Tant leur santé mentale que la qualité de l’enseignement qui leur est proposé doivent redevenir des priorités. Une gestion sanitaire englobant conjointement des objectifs de mitigation de l’épidémie et d’amélioration du bien-être étudiant tout en redonnant à l’éducation la possibilité de se poursuivre dans des conditions décentes est hautement souhaitable. La réouverture partielle des établissements d’enseignement supérieur devrait être à l’agenda du comité de concertation de ce vendredi 26 février 2021. Nous démontrons dans ce document que si le choix se porte sur une réouverture trop limitée, les objectifs poursuivis ne seront pas atteints. Au contraire, avec une présence plus large dans nos établissements, de l’ordre de 50% du temps étudiant, on autorisera une reprise dans des conditions certes encore limitantes, mais permettant une amélioration significative de la qualité de l’enseignement, un apaisement partiel du mal-être des étudiants, et ceci sans pour autant augmenter le risque épidémiologique par rapport à une réouverture à 20%.

Signataires

Auteurs originaux (personnes de contact):

  • Martin Buysse (UCLouvain)
  • Vinciane Debaille (FNRS, ULB)
  • Guillaume Derval (UCLouvain)
  • Christine Dupont (UCLouvain)
  • Denis Flandre (UCLouvain)
  • Raphaël Jungers (UCLouvain)
  • Vincent Laborderie (UCLouvain)
  • Quentin Louveaux (ULiège)
  • Irène Mathy (USaint-Louis)
  • Pierre Schaus (UCLouvain)
  • Olivier Servais (UCLouvain)
  • Erik Van den Haute (ULB)

Co-signataires:

  • Yannick Agnan (UCLouvain) 
  • Roman Aydogdu (ULiège) 
  • Anne Agnessen (Haute École de la Province de Liège)
  • Per J. Agrell (UCLouvain)
  • Alain Bajomée (Haute École de la Province de Liège)
  • Fabian Balthazart (Art2 – École Supérieure des Arts, Mons)
  • Miche Bar (Haute École de la Province de Liège) 
  • Philippe Baret (UCLouvain) 
  • Marie-Aude Beernaert (UCLouvain) 
  • Diane Bernard (USaint-Louis)
  • Nicolas Berthold (ULB et UMons)
  • Nicolas Biot (UCLouvain) 
  • Donatienne Blanjean (UNamur)
  • David Bol (UCLouvain)
  • Olivier Bonaventure (UCLouvain)
  • Frédéric Bouhon (ULiège)
  • Marc Bourgeois (ULiège)
  • Thomas Brihaye (UMons)
  • Christophe Brose (Haute École de la Province de Liège)
  • Véronique Brusselmans (USaint-Louis) 
  • Claude Cannella (Haute École de la Province de Liège)
  • Anne-Emmanuelle Ceulemans (UCLouvain)
  • Guillaume Colinet (UCLouvain)
  • Olivier Cornil (École supérieure des arts – Saint-Luc, Liège)
  • Marie Cornaz (ULB)
  • Émilie Corswarem (FNRS-ULiège)
  • Julie Corswarem (Haute École de la Province de Liège)
  • Audrey Courbebaisse (UCLouvain)
  • Manuel Couvreur (ULB)
  • Maud Dallemagne (École supérieure des arts – Saint-Luc, Liège)
  • Pierre-Olivier de Broux (USaint-Louis)
  • Melanie Dechamps (UCLouvain)
  • Yves Decordt (UCLouvain) 
  • Alain Decroës (UCLouvain) 
  • Donatienne Defour (Haute École de la Province de Liège)
  • Olivier Defrance (Art2 – École Supérieure des Arts, Mons)
  • Céline Deknop (UCLouvain)
  • Sylvain Delcomminette (ULB)
  • Arnaud Delcorte (FNRS-UCLouvain et USaint-Louis)
  • Cécile Delfosse (Haute École de la Province de Liège)
  • Pierre Delmelle (UCLouvain) 
  • Marc Delrez (ULiège)
  • Xavier Delvaux (UNamur)
  • Laurent Demoulin (ULiège)
  • Oliver Deparis (UNamur)
  • Vinciane Despret (ULiège)
  • Marie-Sophie Devresse (UCLouvain) 
  • Ariane de Viron (EPHEC) 
  • Jean-Philippe De Visscher (UCLouvain)
  • Nathalie Donckels  (Haute École Charlemagne, Liège)
  • Jan Driessen (UCLouvain) 
  • Alexandre Dubray (UCLouvain)
  • Benoît Duhoux (UCLouvain)
  • Agnès Dumont (Haute École de la Province de Liège)
  • Pierre Dupont (UCLouvain)
  • Pascal Durand (ULiège)
  • Alexandre Duriau (ULB)
  • Catherine Durin (EPHEC) 
  • Océane Duluins (UCLouvain) 
  • Damien Ernst (ULiège)
  • Véronique Étienne (Haute École de la Province de Liège)
  • Laure Fagnart (FNRS-ULiège)
  • Cédrick Fairon (UCLouvain)
  • Alain Finet (UMons)
  • Damien Flas (ULiège)
  • Laurent Francis (UCLouvain)
  • Geoffrey François (Art2 – École Supérieure des Arts, Mons)
  • Mariane Frenay (UCLouvain)
  • Nathalie Frogneux (UCLouvain)
  • Marc-Antoine Gavray (FNRS-ULiège)
  • Jean-François Gerkens (ULiège)
  • Alexander Gerniers (UCLouvain)
  • Laura Grauers (ULB)
  • Caroline Goffinet (Haute École Charlemagne, Liège)
  • Marco Gonzalez (UCLouvain)
  • Christine Guillain (USaint-Louis)
  • Camille Guisset (UCLouvain) 
  • Tanguy Habrand (ULiège)
  • Serge Habraken (ULiege)
  • Maud Hagelstein (FNRS-ULiège)
  • Luc Henrard (UNamur)
  • Nadine Henrard (ULiège)
  • Anne Herla (ULiège)
  • Paul Hermant (ULB)
  • Xavier Hermand (UNamur)
  • Patrick Hoffsummer (ULiège)
  • Thibaut Huybrechts (UCLouvain) 
  • Mathieu Jadin (UCLouvain)
  • Anne-Laure Jacquemart (UCLouvain)
  • Laurent Jacques (UCLouvain)
  • Sophie Klimis (USaint-Louis)
  • Adrian Kneip (UCLouvain)
  • Axelle Koch (UCLouvain) 
  • Benoît Kohl (ULg)
  • Vincent Laborderie (UCLouvain)
  • Valérie Lambert (Haute École de la Province de Liège)
  • Valérie Laplanche (Haute École de la Province de Liège)
  • Pierre-François Laterre (UCLouvain)
  • Jeanne Latin (EPHEC) 
  • Frédéric Laugrand (UCLouvain)
  • Pierre-Joseph Laurent (UCLouvain)
  • Vincent Lebour (ESA Saint-Luc Bruxelles)
  • Gérald Ledent (UCLouvain)
  • Martin Lefebvre (UCLouvain)
  • Michel Lefftz (UNamur)
  • Isabelle Lemarchand (Haute École de la Province de Liège)
  • Katty Léonard (Haute École de la Province de Liège)
  • Céline Letawe (ULiège)
  • Yves Henri Leleu (ULiège)
  • Myriam Lenaerts (Haute École de la Province de Liège)
  • Christophe Levaux (FNRS-ULiège) 
  • Christine Lhoest (Haute École de la Province de Liège)
  • Eric Ligot (Haute École de la Province de Liège)
  • Fanny Martin (UNamur) 
  • Natacha Martynow (Haute École de la Province de Liège)
  • Nathalie Massager (ULB)
  • Florence Mattez (Haute École Charlemagne, Liège)
  • Nadine Mattielli (ULB)
  • Marc-Emmanuel Melon (ULiège)
  • Mathilde Mergeai (ULiège)
  • Aude Merlin (ULB)
  • Antoine Meyer (ESA Saint-Luc Tournai)
  • Franck Miner (UCLouvain)
  • Laurent Mullens (Haute École de la Province de Liège)
  • Carine Müller (Haute École de la Province de Liège)
  • Kevin Munungu (ULB)
  • Olivia Nederlandt (USaint-Louis et ULB)
  • Jean-François Nieus (UNamur)
    Barbara Noirhomme (UCLouvain)
  • Claude Oestges (UCLouvain)
  • Cécile Oger (ULiège)
  • Sophie Opfergelt (UCLouvain) 
  • Christelle Pairon (Haute École de la Province de Liège)
  • Isabelle Parmentier (Haute École de la Province de Liège)
  • Elisabeth Paul (ULB)
  • Elie Pauporté (UCLouvain)
  • Olivié Pé (École supérieure des arts – Saint-Luc, Liège)
  • Julien Perrez (ULiège)
  • Mathieu Piavaux (UNamur)
  • François Pichault (ULiège)
  • Julien Pieron (ULiège)
  • Anne Pintus (ESA Saint-Luc Bruxelles)
  • Christophe Pirenne (ULiège)
  • Thibault Pirson (UCLouvain)
  • Renaud Pleitinx (UCLouvain)
  • Brigitte Plescia (Haute École de la Province de Liège)
  • Jim Plumat (UNamur)
  • Gaëlle Putz (Haute École de la Province de Liège)
  • Jean-Ferdinand Puyraimond (ULB)
  • Jean-Jacques Quisquater (UCLouvain)
  • Laurent Rasier (ULiège)
  • Jean-Pierre Raskin (UCLouvain) 
  • Hadrien Rattez (UCLouvain)
  • Nicolas Reckinger (UNamur) 
  • Jean-Marie Rens (Art2 – École Supérieure des Arts, Mons – Conservatoire royal de Liège – École Supérieure des Arts)
  • Simon Ridley (UCLouvain) 
  • Magali Rischette (Art2 – École Supérieure des Arts, Mons)
  • Cecilia Rizcallah (FNRS, USaint-Louis et ULB)
  • Laura Rizzerio (UNamur)
  • Anne Roekens (UNamur) 
  • Muriel Sacco (ULB)
  • Chloé Salembier (UCLouvain)
  • Maud Salembier (ESA Saint-Luc Bruxelles) 
  • Damien Scalia (ULB)
  • Maxime Schramme (UCLouvain)
  • Perrine Schumacher (ULiège)
  • Sarah Sepulchre (UCLouvain)
  • Jérôme Sohier (ULB)
  • Nicolas Solonakis (ITN promotion sociale Bruxelles et KULeuven)
  • Jean-Marc Sparenberg (ULB)
  • Xavier Spirlet (Haute École de la Province de Liège) 
  • Barbara Stevens (Haute École de la Province de Liège)
  • Valérie Stevens (Haute École Charlemagne, Liège)
  • Sébastien Strebelle (UCLouvain)
  • Philippe Swennen (ULiège) 
  • Guy Terwagne (UNamur)
  • Sophie Tilman (Haute École Charlemagne, Liège)
  • Nicolas Thirion (ULiège)
  • Maxime Thomas (UCLouvain) 
  • Dick Tomasovic (ULiège)
  • Dominique Toye (ULiège)
  • Michel H.G Tytgat (FNRS, ULB)
  • Balazs Udvarhelyi (UCLouvain)
  • Jocelyne Vanandroye (Haute École de la Province de Liège)
  • Christine Van Cappellen (EPHEC) 
  • Arnaud Vandecauter (Art2 – École Supérieure des Arts, Mons – Conservatoire royal de Liège – École Supérieure des Arts)
  • Kristine Vanden Berghe (ULiège)
  • Benoît Van den Bossche (ULiège)
    Pascale Van de Kerchove (UCLouvain)
  • Marc Van Droogenbroeck (ULiège)
  • Marc Vanesse (ULiège)
  • Catherine Van Nieuwenhoven (UCLouvain)
  • Julien Verecken (UCLouvain)
  • Hélène Verhaeghe (UCLouvain)
  • Pascale Vielle (UCLouvain) 
  • Isabelle Wesphael (Haute École Charlemagne, Liège) 
  • Quentin Wilbaux (UCLouvain)
  • Jonathan Wildemeersch (ULiège)
  • Tania Wolkoff (Haute École de la Province de Liège)
  • Mathieu Xhonneux (UCLouvain)
  • Laurent Zanotto (UNamur)
  • Anne Zeegers (EPHEC) 
  • Marc Zune (UCLouvain)

Collectifs étudiants :

  • AGL (UCLouvain)
  • Coordination générale des étudiants internationaux (CGEI) de l’UCLouvain 
  • Bureau des étudiants (BDE) de la Faculté des bioingénieurs (UCLouvain)
  • AGE Droit UMons 
  • Association Royale des Elèves des Ecoles Spéciales (AEES) de la Faculté des Sciences Appliquées (Uliège)
  • Bureau des étudiants (BDE) de la Faculté de philosophie, arts et lettres (UCLouvain)
  • Bureau étudiant (BE) de la faculté de droit et de criminologie (ULB)
  • Bureau des étudiants (BDE) de la Faculté de droit (UCLouvain)
  • Bureau des étudiants (BDE) de la Faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication (UCLouvain)
  • Bureau des étudiants (BDE) de la Faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale, d’urbanisme (UCLouvain)

Autres collectifs:

Avec le soutien de Trace ton cercle, représenté par Virginie Van Lierde et Philippe De Menten.

Je ne connais personne ayant respecté les règles Covid pendant les fêtes.

Ceci est une carte blanche

Elle est l’opinion libre de son auteur. Elle se fonde sur les analyses du blog et d’autres données scientifiques, mais ne se veut pas aussi factuelle et sourcée que les autres articles de ce blog.

Laissez-moi commencer en mettant les pieds dans le plat : Hormis les personnes en maison de repos, je ne connais pratiquement personne de mon entourage qui, libre de me dire la vérité, me dit avoir respecté toutes les règles Covid pendant les fêtes.

Mieux encore, ce sentiment de déconnexion est largement partagé. Il est bien-sûr quelques connaissances un peu plus « tendues » ou « respectueuses » sur la question… de quoi faire une très nette minorité.

Parmi les gens qui se sentent en confiance pour dire ce qu’il en est vraiment, on peut distinguer trois catégories : 1) Les personnes qui prennent des libertés plus ou moins importantes en fonction de leur situation personnelle, depuis “l’invité en trop” jusqu’aux “grosses teufs” en passant par la visite des dix-neufs petits-enfants au grand complet 2) Les personnes qui ne prêtent plus attention (sinon pour éviter une amende) à des règles jugées  « ridicules et inconstantes » et 3) les personnes qui, en raison de leurs convictions personnelles ou simplement du comportement de l’Etat, sont entrées en rébellion plus ou moins ouverte contre sa « dérive totalitaire ».

Il convient de rester prudent avec un vécu personnel, qui peut être biaisé ou non représentatif. Il me semble cependant ne pas être le seul à observer ce contraste entre ce que je vois et entends, et d’autre part le discours dominant parmi les « respectistes ». A en croire ces derniers, les rebelles « noëllistes » ne seraient qu’une minorité irresponsable et invisible. Plus frappant encore : ma constatation empirique est en contradiction radicale avec les chiffres officiels, suivant lesquels 20% de personnes ne respectent pas les règles et la population s’est « bien » tenue à Noël.*

On notera d’ailleurs l’étonnante félicitation en forme d’aveu d’Yves van Laethem. D’après lui, le téléphone de 28% des Belges est resté à la maison le jour de Noël. Nous ne saurons jamais ce que signifient exactement ces données, puisque Sciensano ne les publiera pas. Néanmoins, on se demande toujours par quel miracle de modélisation le fait que les téléphones de 72% des Belges ont été de sortie le 25 décembre (pour aller, j’imagine, chez les 28% restants) serait une indication forte que seule une infime minorité de Belges a bravé les interdits sanitaires.

Il n’y a qu’un nombre limité d’explications rationnelles possibles à cette contradiction.

Première explication possible : Je vis dans une bulle. Mon cercle de connaissances constitue une population nettement plus critique/ naïve/ égoïste/ altruiste/ démocratique/ jeune/ irresponsable/ intelligente/ complotiste que le reste des Belges (biffer les mentions inutiles suivant votre propre point de vue). Il est vrai qu’on y trouve majoritairement des familles, jeunes et/ou avec enfants, plutôt plus religieuses, plus sensibles à la culture et moins aux compétitions sportives que la moyenne de la population. Ces profils pourraient avoir des raisons objectives de faire partie d’une des catégories décrites ci-dessus.

Si cette explication est exacte, cela voudrait dire que ces personnes seraient 4 à 5 fois moins enclines que les autres à suivre les règles. Quoi qu’on pense de cette attitude, cela signifierait l’existence d’un fossé pratiquement insondable entre une partie de la jeunesse et/ou des familles et/ou des populations plus religieuses et/ou plus cultivées avec le reste de la population. Ce qui serait un fait grave en soi.

Seconde explication possible : Les personnes qui respectent les règles sont une minorité surexposée, mais vivent dans une bulle. L’injonction en faveur des règles Covid est devenue tellement intransigeante, moralisante, intolérante, bornée et répressive que le commun des mortels a renoncé au débat moral et garde pour lui ce qu’il fait en réalité. « Attends, je vais t’expliquer comme ça marche dans la vraie vie… » lance-t-il dorénavant à ses proches ou ceux qui l’ont mis en confiance. Désormais, il ferme ses volets tous les soirs pour protéger son salon des regards indiscrets, et se méfie d’une virocratie rigide et son armée de sycophantes et de talibans des règles sanitaires.

Si cette explication est exacte, cela signifierait qu’une nouvelle morale publique et ses inévitables thuriféraires étouffent la majorité de la société par de grands dogmes sanitaires… Un beau retour dogmatique, à cela près que les dogmes religieux se basent au moins sur une forme de transcendance, au contraire des dogmes civils, qui invariablement ont débouché sur une forme de dictature.

Troisième explication possible : Le gouvernement vit dans une bulle. Les fameux 20% de personnes qui ne respectent pas les règles sont au mieux un paramètre que de zélés modélisateurs ont sélectionné pour faire coller leur modèle génial à la tendance observée. Au pire, c’est une invention pure et simple pour excuser les échecs de la force publique, désigner les rebelles à la vindicte populaire et légitimer la délation et l’action virile d’un pouvoir qui a perdu les pédales.

Enfermé dans un tunnel cognitif qui ne voit plus que la technocratie dont il s’est entouré ;  s’imaginant que Twitter est représentatif de la société ; imbu des principes qu’il a édictés et est incapable de remettre en question, le gouvernement est sincèrement convaincu qu’il agit pour le Bien Commun et que le citoyen lambda le soutient. Ce dernier a quant à lui cessé d’écouter. Dorénavant, il fait le gros dos et vit comme il l’entend. Le discours de l’Etat est devenu une parole vide, qui ne tient que par elle-même et tombe dans le puits de l’oubli aussitôt énoncée.

Si cette explication est exacte, cela signifierait que notre régime touche à sa fin. Soit parce que l’Etat, mieux informé que les citoyens, n’est pas parvenu à les faire adhérer à sa politique vaincue par les obscurantistes, soit parce que l’état a été incapable d’abandonner une technocratie hypertrophiée et succombé à l’appel sécuritaire et anxiogène au lieu de respecter le peuple, ses libertés, de faire confiance à sa responsabilité et son intelligence.

Alors, qui vit donc dans une bulle ? Et bien je vais m’avancer un petit peu : Je pense que les trois options sont en partie vraies.

La crise Covid, entre autres conséquences désagréables, a mis sous pression et forcé l’ensemble de la société à se prononcer sur des questions fondamentales. Ce faisant, elle a aggravé les biais préexistants, créé de nouveaux clivages et aggravé ceux qui existent déjà. Dont les trois problèmes liés que je viens de décrire : 1) Des pans entiers de la société en divorcent petit à petit 2) une morale publique étouffante et qu’il est interdit de contredire domine le débat public et impose le dogme civil et 3) un état technocratique hypertrophié s’imagine être le seul à pouvoir régler de plus en plus de problèmes, de plus en plus exclusivement et surtout : de plus en plus mal.

Et vous, dans quelle bulle vivez-vous ?

Auteur:
Joseph Junker (Ingénieur civil et cadre dans une société privée)

*On ne manquera pas d’observer que d’après les simulations, respecter les consignes était nécessaire pour éviter une troisième vague (voir en p7). Ces scénarios n’ayant pas eu lieu malgré le nouveau variant du Loch Ness, les infâmes skieurs et 60% de tests en plus, nos autorités ne peuvent que conclure que les règles ont été respectées. (ne riez pas trop, je crains par moment que ce sarcasme ne soit pas si éloigné que ça de la Vérité).

Au nom de la science?

Ceci est une carte blanche

Elle est l’opinion libre de son auteur. Elle se fonde sur les analyses du blog et d’autres données scientifiques, mais ne se veut pas aussi factuelle et sourcée que les autres articles de ce blog.

Qui plonge dans une piscine, fait monter le niveau de l’eau. Qui court d’ouest en est, ralentit la rotation de la terre. Qui se jette sur une vague, en contrarie l’élan. Qui bouche quelques trous d’une passoire, en diminue l’efficacité. Dans ces assertions, il y a une cause et un effet. Une modélisation mécaniste simple, testée et vérifiée permet à chaque fois de quantifier les effets, et de s’apercevoir que, quoique réels, ils ne sont pas significatifs.

Ici, nous avons affaire à une épidémie, avec son lot de victimes directes et indirectes. Ce n’est pas une vue de l’esprit, mais une réalité dure et tangible dans laquelle la plupart de l’humanité patauge depuis un an. Face à un phénomène d’une telle ampleur, il convient de réagir. Au-delà du personnel soignant qui intervient en première ligne, ce sont nos gouvernants – conseillés par des experts – qui se trouvent investis de cette responsabilité exigeante, qu’ils assument en décidant d’une variété de mesures destinées à freiner la circulation virale, au moins parmi les plus vulnérables d’entre nous.

Mais si le bon sens commande qu’en réduisant les interactions en nombre et en intensité, on entrave la propagation du virus, le coût de cette réduction pour la société est tel qu’il mérite qu’on s’attarde de plus près sur son impact. Or, pour une épidémie impliquant des millions de personnes différentes vivant dans des contextes et sous des latitudes diverses, les modèles sont plus complexes et délicats à tester que pour un seul individu trottinant à la surface de la planète ou plongeant dans une piscine. Afin de dégager des conclusions crédibles, il faut en principe, pour évaluer l’impact d’une mesure ou d’un traitement, procéder à des essais comparatifs aléatoires. À défaut, le risque de biais susceptibles d’entacher ces conclusions est difficile à contrôler. 

Si d’aventure, au niveau international, personne n’était en mesure de produire ces essais pour une maladie respiratoire du type de celle qui rythme notre quotidien, on pourrait espérer qu’à l’échelle des États, en fonction du climat, de la densité de population, de la nature de l’habitat, des pratiques culturelles, etc. d’autres types d’études, non aléatoires et donc moins fiables, servent aujourd’hui de support aux décisions politiques. En particulier, on suppose qu’il existe en Belgique, sur base des données épidémiologiques nationales régulièrement brandies pour asseoir la légitimité des restrictions, des études suffisamment solides. Mais où sont-elles?

Où sont les études scientifiques démontrant l’impact significatif des mesures décidées en Belgique sur la propagation du virus parmi les personnes les plus vulnérables? Où sont, en Belgique, les études scientifiques démontrant l’impact significatif de la fermeture des auditoires, salles de sport, théâtres, salons de coiffure, bars et restaurants, de l’obligation généralisée du port du masque, de la création de « bulles » de contacts, de l’instauration d’un couvre-feu, de l’interdiction de voyages et du confinement ?

Depuis que le nouveau coronavirus nous a frappés au printemps dernier, ceux qui exercent le pouvoir et occupent l’espace médiatique se sont hissés au rang de gardiens de la vérité scientifique. À ce titre, on attendrait de leur part une rigueur à toute épreuve. Pourtant, c’est à longueur de journée qu’on les entend se répandre en relations de causalité invérifiables, se référer à des modèles non testés ni reproductibles de manière transparente, se féliciter du succès de telle disposition ou attribuer l’échec de telle autre au comportement des citoyens.

Or, devant un phénomène aussi complexe, ce que la science devrait d’abord nous enseigner, c’est un minimum d’humilité.

Non, ce n’est pas de la science que d’affirmer que c’est à cause d’un « déconfinement raté » qu’il y a eu recrudescence des contaminations en été ; que c’est le « relâchement » du début de l’automne ou les discours « rassuristes » qui ont entraîné une deuxième vague (surgissant au même moment dans la plupart des pays d’Europe) ; que les mesures entrées en vigueur fin octobre – début novembre telles que la fermeture des auditoires ou des commerces ont permis d’infléchir la courbe des admissions ; que c’est grâce à notre solidarité que nous avons triomphé de la deuxième vague ; que les Belges ont été récompensés pour leurs sacrifices ; que si 20 % des Belges [avaient invité] quatre personnes au réveillon [de Noël] au lieu de maximum une, il [aurait fallu] reporter les mesures d’assouplissement de six semaines pour 100 % des Belges ; que ceux qui ne jouent pas le jeu se punissent eux-mêmes ; que soit on persévère maintenant et on offre une perspective, soit on relâche et ça risque vraiment de créer une troisième vague ; que la seule solution qui marche pour réduire la circulation du virus, c’est la solidarité ; etc.

Il s’agit certes d’un discours sensé, de propos qui tiennent la route, de raisonnements convaincants. Il se peut qu’ils correspondent partiellement à la réalité. Mais il n’y a rien de scientifique là-dedans. C’est un florilège d’assertions invérifiables, de justifications ad hoc et/ou a posteriori, voire de morale inappropriée, évoquant, au mieux, une forme de scientisme qui s’ignore, au pire, une religion qui s’institutionnalise.

Le problème, ce n’est pas le discours anti-science attribué à ceux qui remettent la gestion de la crise sanitaire en cause ; le problème, c’est que ceux qui ont le pouvoir font passer pour de la science quelque chose qui n’en est pas – en tout cas pas encore – et qu’en conséquence, un socle d’idées censées émaner d’un consensus scientifique devient une norme acceptable pour tous, une norme douée d’une grande inertie, difficile à critiquer et à faire évoluer.

« Il est important de ne pas s’engager dans de nouveaux assouplissements avant d’être certain que cela ne contribuera pas à une augmentation significative de la circulation des virus » suggère le Gems [1] dans son dernier rapport. Indépendamment de la signification de cette phrase extraite de son contexte, elle témoigne d’un état d’esprit : on ne parle plus de l’opportunité des mesures mais de celle de leur assouplissement. Quand on sait les conséquences de chacune de celles-ci sur l’ensemble de la population – avec un effet aigu sur une fraction importante touchée de plein fouet – il y a lieu de s’inquiéter.

On nous demande à nous, universitaires extérieurs à la gestion de la crise, d’être prudents dans nos prises de position publiques, de les contextualiser, de soupeser chacune de nos paroles et des conséquences qu’elles pourraient avoir sur ceux qui s’en abreuvent. C’est-à-dire que pour nous qui contestons cette gestion en dénonçant la légèreté de ses fondements scientifiques, le principe de précaution s’impose. À l’inverse, dans le discours dominant et donc dans l’action ou l’inaction publique qui en découle, le principe de précaution s’applique davantage à l’assouplissement des mesures qu’aux risques que celles-ci font courir. 

Sur des bases aussi faibles, la décision de fermer les auditoires, les théâtres, les cinémas, les salles de sport, les salons de coiffure et les restaurants, c’est tous les jours qu’elle devrait être prise et annoncée! Tous les jours. Le contraste est tel entre la fragilité scientifique de la motivation et la violence des fermetures, qu’on ne peut se permettre de les reconduire discrètement de mois en mois. À ce compte-là, on n’en perçoit plus la violence, alors qu’on se conforte par ailleurs dans une forme de légitimité usurpée. Tous les matins, il faudrait avoir le cran de décider ces fermetures en soutenant le regard des restaurateurs, coiffeurs, brocanteurs, comédiens, réalisateurs, musiciens, techniciens, entraîneurs, animateurs, étudiants, enseignants, etc. et leur annonçant dignement qu’aujourd’hui, il leur sera interdit d’exercer leur activité essentielle.

Si les décisions du printemps 2020 ont nécessité du courage politique, c’est pour arrêter ce train fou qu’il en faudrait aujourd’hui. En premier lieu, il conviendrait de ne plus attribuer à la science des messages qu’elle est incapable de délivrer. Certains experts excellent dans ces travers, et le pouvoir dont ils sont investis notamment par leur surexposition médiatique pose un autre problème, démocratique celui-là : les scientifiques ne devraient-ils pas rester à leur juste place, qui est celle de conseiller les politiques ? Si nous sommes aujourd’hui amenés à nous exprimer publiquement, c’est que nous ne supportons plus ce que l’on fait dire à la science. En deuxième lieu – et cela pourrait être un excellent point de départ pour une stratégie de sortie -, il serait opportun de reconnaître les excès qu’ont pu entraîner des interprétations abusives des données épidémiologiques, malgré les risques scientifiques et politiques encourus par les responsables de ces abus : le patron de brasserie, le metteur en scène ou le barbier ont le droit de savoir que les efforts consentis n’ont peut-être pas servi à grand chose – si ce n’est à créer un « effet choc » ; qu’à tout le moins, on est pour l’heure incapable d’en évaluer l’impact sur la propagation du virus parmi les personnes les plus vulnérables. Enfin, devant la situation d’inconfort dans laquelle se trouve celui qui doit fonder ses décisions sur quelque chose d’aussi parcellaire que l’état actuel des connaissances autour de ce virus, il serait incompréhensible de se priver de la multidisciplinarité que nous offre la science pour contextualiser chacune de ces décisions en fonction de son impact global sur la société, et non plus de sa seule influence supposée sur la propagation du virus. 

[1] Groupe d’experts en charge de la stratégie de sortie

Signataires

Martin Buysse (UCLouvain), physicien ;
Vinciane Debaille (ULB), géochimiste ;
Mélanie Dechamps (UCLouvain), intensiviste ;
Christine Dupont (UCLouvain), bioingénieur ;
Damien Ernst (ULiège), ingénieur ;
Raphaël Jungers (UCLouvain), ingénieur ;
Pierre-François Laterre (UCLouvain), intensiviste ;
Raphaël Lefevere (Université de Paris), mathématicien ;
Elisabeth Paul (ULB), politiques et systèmes de santé ;
Bernard Rentier (ULiège, WBE), virologue ;
Pierre Schaus (UCLouvain), ingénieur. 

Envisageons dès à présent un allègement significatif des mesures non-pharmaceutiques contre la Covid-19 au fur et à mesure de la vaccination des personnes les plus à risques

« Lorsque tous les résidents des maisons de repos, du moins ceux qui le désirent (80% d’entre eux +/-), auront reçu leur deuxième dose de vaccin, vers la mi-février, nous aurons protégé au moins une population fragile qui a payé de sa vie, de manière démesurée, le prix de cette pandémie. Si le vaccin s’avère aussi efficace que prévu, le nombre de décès global devrait diminuer. Mais ces personnes âgées ne représentent qu’un cinquième des hospitalisations, et malgré la vaccination, il restera encore un grand nombre de personnes infectables. Et dans ce groupe, il y a beaucoup de gens qui sont aussi à risque. Ce n’est donc qu’après la vaccination des plus de 65 ans notamment que l’on pourra voir un premier impact sur les hospitalisations […] Et ce n’est qu’à ce moment-là que les nouvelles infections pourront être un facteur moins important, si la population cible est bien protégée, mais pour cela il faudra attendre avril ou mai », s’est avancé Yves Van Laethem.  26/01/2001 [7]

Sans entrer ici dans une analyse ou un débat critique de la stratégie vaccinale choisie en Belgique, en réponse à l’appel du Prof. Rudi Cloots, vice-recteur de l’ULg [12] et autres interventions récentes dans les médias, nous souhaitons compléter ces propos avec des éléments chiffrés qui permettent de donner des perspectives claires d’allègement (progressif, mais rapide et significatif) des mesures de restriction que nous connaissons.

La stratégie belge de vaccination vise prioritairement à vacciner les personnes en maisons de repos et de soin (MRS), le personnel des institutions de soins et le personnel soignant de première ligne [11]. Les tranches les plus âgées de la population sont les plus à risque pour les hospitalisations et les décès liés à la Covid-19 en Belgique [4] : 42% des décès concernent les MRS, 82% les plus de 75 ans (ou 75+ = [75, age max]) [1] et 53%, les plus de 85 ans (ou 85+= [85, age-max]). La moitié des personnes hospitalisées pour la Covid-19 en Belgique ont plus de 70 ans [3,6].

Les 85+ représentent 335.000 personnes en Belgique [2] et les 75+, 1 million de personnes. Au rythme de vaccination actuel (environ 200.000 premières doses sur 20 jours), qui doit être accéléré jusqu’à 24.000 doses quotidiennement en Wallonie [8], la couverture vaccinale pourrait protéger 30% des personnes les plus à risque au 1er mars et 70% au 1er avril 2021.  Si le vaccin fonctionne comme annoncé par les études cliniques, nous devrions donc observer une réduction sensible des hospitalisations et de la surmortalité liées à la Covid-19 au cours de cette période, éloignant les risques de surcharge des hôpitaux.

Si l’on veut maintenir l’adhésion de la population à la politique menée, il est important d’avoir des échéances de perspectives positives.

Si, comme annoncé depuis le début de l’épidémie, l’objectif des mesures de gestion de crise est d’éviter une surcharge des hôpitaux et de limiter la mortalité, nos dirigeants doivent s’engager, dès à présent, sur un allègement significatif des mesures impactant le fonctionnement normal de la société, au fur et à mesure que les personnes de plus de 75 ans ou avec facteurs de co-morbidité sont protégées.

L’immunité collective (estimée à une couverture vaccinale de 70% [9]) représente un idéal. Mais l’horizon temporel pour atteindre celle-ci (septembre) avant d’assouplir une partie des mesures sanitaires ne nous paraît pas acceptable socialement, avec une partie importante de la population belge en grande souffrance.

Mettons donc, dès maintenant, l’accent sur la protection des personnes à risque, par le renforcement des gestes barrière et l’évitement des comportements à risques à leur égard, l’utilisation des tests rapides (comme cela semble bien fonctionner pour les MRS en Wallonie), le renforcement du système de santé et des traitements médicaux précoces et à long terme. Ceci, avec l’avancée de la vaccination, permettra aux autres Belges de retrouver une vie sociale suffisante et en particulier aux jeunes, de retrouver un enseignement normal, le plus rapidement possible. Nous devons aussi dès à présent réinvestir massivement dans leur éducation, leur bien-être et leur avenir pour panser les plaies liées à ces mesures sanitaires qui les auront durement impactés pendant presque un an. 

Toutes ces propositions doivent faire l’objet d’un débat démocratique et de choix clairs, impliquant le parlement et l’ensemble des forces vives de notre société. Nous ne souhaitons pas imposer des solutions, mais contribuer au débat par des évaluations chiffrées.

Auteur.e.s par ordre alphabétique:

Vinciane Debaille, ULB
Denis Flandre, UCLouvain
Raphael Jungers, UCLouvain
Pierre-François Laterre, UCLouvain
Yves Moreau, KU Leuven
Pierre Schaus, UCLouvain

[1] https://epistat.wiv-isp.be/covid/covid-19.html
[2] https://bestat.statbel.fgov.be/bestat/crosstable.xhtml?view=c1649c18-ea66-4286-9310-2413e74134f8
[3] https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/COVID-19_Weekly_report_FR.pdf
[4] https://www.info-coronavirus.be/fr/vaccination/#groupe-cibles 
[6] https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/COVID-19_THEMATIC%20REPORT_COVID-19%20HOSPITALISED%20PATIENTS_FR.pdf
[7] https://www.lalibre.be/belgique/societe/le-nombre-moyen-d-infections-au-covid-19-repart-a-la-hausse-suivez-le-point-presse-des-experts-en-direct-600fe6177b50a652f71f81f0
[8] https://plus.lesoir.be/351238/article/2021-01-26/vaccination-en-wallonie-deja-critiquee-la-carte-pourrait-etre-amendee
[9] https://bx1.be/news/vaccins-70-des-belges-vaccines-et-limmunite-collective-dici-septembre/
[10] https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/COVID-19_Weekly%20report_20210115%20-%20FR.pdf
[11] https://plus.lesoir.be/351406/article/2021-01-26/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-la-campagne-de-vaccination-en-wallonie-infographie
[12] https://www.levif.be/actualite/belgique/covid-j-accuse-le-coup-carte-blanche/article-opinion-1384715.html

Plaidoyer pour la réouverture de nos auditoires au plus vite

Pleidooi voor de heropening van de auditoria bij de start van het tweede semester

Les universités et hautes-écoles belges sont en code rouge depuis presque trois mois, ce qui implique l’absence de cours en auditoires depuis lors. Considérant que cette situation n’est pas tenable, notre groupe d’analyse multidisciplinaire plaide pour que soit discutée la réouverture de nos auditoires dès la rentrée de février 2021. Cette réouverture doit s’accompagner d’un protocole scientifique complet de gestion du risque et d’étude des résultats. Cette demande s’appuie sur les éléments suivants : 

1) Il y a un véritable besoin de prise en charge de la santé mentale de la population. Dans nos universités et hautes-écoles, il est impératif de nous préoccuper de nos étudiant.e.s et de leur offrir une perspective de sortie de l’enfermement dans lequel ils et elles sont réduits. La gravité de la situation à ce sujet est largement documentée [1,2,3]. Une étude de Sciensano le reconnaissait déjà en mai 2020 [4]. En France, un jeune sur six a arrêté ses études, 30 % ont renoncé à l’accès aux soins, plus de 50 % sont inquiets pour leur santé mentale.

2) Le niveau d’incidence de l’épidémie en Belgique dans la tranche d’âge 20-29 est de maximum 1.5 pour 1000 sur 7 jours depuis début décembre. Le risque d’avoir un étudiant contagieux et non détecté dans un auditoire est donc très faible. Ceci est confirmé par le nombre très limité de certificats de maladie ou de quarantaine COVID rentrés par nos étudiant.e.s pour la session d’examens de janvier 2021. De plus, une étude de l’université de Boulder [5] indique qu’avec les mesures sanitaires basées sur les masques, le respect des distances, l’utilisation de gel hydroalcoolique, et une ventilation efficace, le risque que cet.te étudiant.e en contamine un.e autre dans le même auditoire lors d’un cours d’une heure serait aussi inférieur à 1 %. On voit donc que, à condition que les mesures adéquates soient prises, le risque effectif de propagation de l’épidémie est très limité et tout à fait gérable.

3) En pleine pandémie aux Etats-Unis, l’université de Brown maintient depuis avril, un taux de positivité très faible sur son campus, bien inférieur à 1% [6]. Il n’y a rien de miraculeux ici. Leur protocole s’appuie simplement sur les mesures dont les études scientifiques ont validé  l’efficacité : enseignement co-modal, testing, tracing, prévention, éducation, adhésion et  engagement des étudiants, etc.. [7]

4) Nous avons tous les moyens et ressources nécessaires pour adopter une approche responsable dans nos universités. Ceci permettrait, en utilisant des tests rapides de qualité actuellement sous-exploités, les laboratoires universitaires, ainsi que nos capacités d’étude et de suivi multidisciplinaires (médical, épidémiologique, mathématique, statistique, comportemental,…), de définir et d’affiner un protocole de reprise d’activités de manière sécurisée.

5) Les contacts sociaux constituent un besoin fondamental, en particulier à cet âge de la vie. La réouverture des auditoires, dans les conditions décrites ci-dessus, permettrait de satisfaire ce besoin de manière sécurisée. Elle permettrait d’améliorer significativement la qualité de l’enseignement. Fournir à la jeunesse un enseignement de qualité est le devoir de toute société, et l’une des fonctions essentielles de l’Université.

L’épidémie de Covid-19 est à un bas niveau en Belgique depuis maintenant plusieurs semaines, avec une amélioration lente mais constante. A moins d’une reprise réelle de l’épidémie, il est de notre responsabilité d’envisager, de manière urgente, une réouverture au moins partielle des auditoires à nos étudiant.e.s du supérieur, dès la rentrée de début février. Selon les critères OMS, et au vu de l’état actuel de l’épidémie en Belgique, tous les établissements d’éducation doivent être ouverts avec des mesures de lutte anti-infectieuse [8]. Ceci se ferait en accord avec les codes couleurs de la CFWB et suivant une stratégie innovante et volontaire. 

Ne faut-il pas, cette fois, faire confiance aux étudiant.e.s et leur donner l’opportunité d’être des acteurs concrètement engagés dans la poursuite de leurs études ? Les former et les motiver à éviter les comportements à risque, sur nos campus et dans leur vie sociale ? Ainsi, les seules contaminations significatives qui pourraient avoir lieu en rouvrant les auditoires sont celles de la connaissance.

Vinciane Debaille ULB
Melanie Dechamps UCLouvain/Cliniques Saint-Luc
Christine Dupont UCLouvain
Damien Ernst ULiège
Denis Flandre UCLouvain
François Gemenne ULiège
Vincent Laborderie UCLouvain
Pierre-François Laterre UCLouvain/Cliniques Saint-Luc
Yves Moreau KULeuven
Claude Oestges UCLouvain
Pierre Schaus UCLouvain
Olivier Servais UCLouvain


[1] https://www2.assemblee-nationale.fr/15/autres-commissions/commissions-d-enquete/commission-d-enquete-pour-mesurer-et-prevenir-les-effets-de-la-crise-du-covid-19-sur-les-enfants-et-la-jeunesse/(block)/73812;
[2] https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/covid-19-une-enquete-pour-suivre-l-evolution-des-comportements-et-de-la-sante-mentale-pendant-l-epidemie;
[3] Ettman, C.K., et al. (2020) Prevalence of Depression Symptoms in US Adults Before and During the COVID-19 Pandemic. JAMA Network Open.doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2020.19686.; 
[4] https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/Report1_COVID-19HIS_FR_2.pdf
[5] https://cires.colorado.edu/news/covid-19-airborne-transmission-tool-available
[6] https://healthy.brown.edu/testing-tracing/dashboard
[7] https://healthy.brown.edu/life-campus
[8] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/336653/WHO-2019-nCoV-Adjusting_PH_measures-2020.2-fre.pdf



Pleidooi voor de heropening van de auditoria bij de start van het tweede semester

Op de Belgische universiteiten en hogescholen geldt al bijna drie maanden code rood, wat betekent dat er sindsdien geen hoorcolleges meer plaatsvinden. Onze multidisciplinaire studiegroep vindt deze situatie niet langer houdbaar en pleit voor een debat over de heropening van de auditoria bij de start van het tweede semester in februari 2021. Deze heropening moet gepaard gaan met een integraal wetenschappelijk protocol wat betreft risicobeheer en resultaatopvolging. De vraag van onze groep is gebaseerd op de volgende elementen: 

1) De mentale gezondheid van de bevolking is een prioritaire bekommernis. Ook voor de universiteiten en hogescholen is het geestelijk welzijn van de studenten een urgente uitdaging. Het is een absolute vereiste de studenten een perspectief aan te bieden door hun huidige isolement te doorbreken. De ernst van de situatie in dit opzicht is vrij goed gedocumenteerd [1,2,3]. Een studie van Sciensano heeft dit reeds in mei 2020 onderkend [4]. In Frankrijk heeft één op de zes jongeren de studie gestaakt, heeft 30% geen toegang meer tot gezondheidszorg en maakt meer dan 50% zich zorgen over zijn of haar mentale gezondheid.

2) In België bedraagt, voor de leeftijdsgroep 20-29 jaar, het incidentieniveau van de epidemie maximaal 1,5 per 1000 gedurende 7 dagen, sinds begin december. Het risico op de aanwezigheid in een auditorium van een besmettelijke en niet-gedetecteerde student is dus zeer gering. Dit wordt bevestigd door het uiterst beperkte aantal COVID ziekte- of quarantaineattesten die de studenten hebben ingediend voor de examenzittijd van januari 2021. Bovendien blijkt uit een studie van de Universiteit van Boulder [5] dat preventieve maatregelen zoals mondmaskerdracht, het bewaren van afstand, gebruik van ontsmettingsgel en doeltreffende ventilatie, het risico van onderlinge besmetting tijdens een les van één uur in hetzelfde auditorium tot minder dan 1% terugdringen. Hieruit volgt dat, mits er adequate maatregelen worden genomen, het effectieve risico op verspreiding van de epidemie zeer beperkt en goed beheersbaar is.

3) In volle epidemie heeft Brown University in de Verenigde Staten sinds april een zeer laag percentage positieve gevallen op haar campus weten te handhaven, gevoelig lager dan 1% [6]. Een mirakel is dit evenwel niet te noemen. Het protocol van de Brown University is immers gestoeld op een aantal maatregelen waarvan de doeltreffendheid door wetenschappelijk onderzoek is bevestigd: co-modaal onderricht, testen, tracing, preventie, scholing, medewerking en betrokkenheid vanwege de studenten, enz. [7]

4) Wij beschikken in onze universiteiten over alle nodige middelen en mogelijkheden voor een verantwoordelijke en veilige hervatting van de activiteiten, dankzij een fijnmazig opgesteld protocol: snelle en kwalitatieve tests (die tot op heden onderbenut zijn), universitaire laboratoria alsmede multidisciplinaire (medische, epidemiologische, wiskundige, statistische of gedragswetenschappelijke) expertise op het gebied van studie en opvolging. 

5) Sociaal contact is voor iedereen een fundamentele behoefte, maar zeker voor de leeftijdscategorie van onze studenten. De heropening van de auditoria, onder de hierboven beschreven voorwaarden, zou het mogelijk moeten maken op een veilige manier in deze behoefte te voorzien. Kwaliteitsonderwijs verstrekken aan jongeren is de plicht van elke samenleving en een wezenlijke opdracht van de universiteit: het hervatten van colleges op de campus zou de kwaliteit van het onderwijs aanzienlijk ten goede komen.

De COVID-19-epidemie bevindt zich in België al enkele weken op een laag niveau en kent een langzame maar gestage verbetering. Tenzij de epidemie weer zou opflakkeren, zien wij het als onze dringende verantwoordelijkheid om minstens een gedeeltelijke heropening van de auditoria voor de studenten in het hoger onderwijs te overwegen, en wel bij de start van het tweede semester, begin februari. Volgens de criteria van de WHO, en gezien de huidige toestand van de epidemie in België, kunnen alle onderwijsinstellingen worden geopend met inachtneming van de nodige anti-COVID-maatregelen [8]. Dit zou kunnen gebeuren in overeenstemming met de kleurcodes van de Vlaamse Gemeenschap en volgens een innoverende en voluntaristische strategie. 

Het komt er nu op aan vertrouwen te hebben in de studenten en hen de kans geven actief en concreet betrokken te zijn bij de voortzetting van hun studie. Wij kunnen hen vormen en motiveren om risicogedrag op de campus en in hun sociaal leven te vermijden. Op die manier zal de heropening van de auditoria geen andere vorm van “besmetting” veroorzaken dan kennisoverdracht.


[1] https://www2.assemblee-nationale.fr/15/autres-commissions/commissions-d-enquete/commission-d-enquete-pour-mesurer-et-prevenir-les-effets-de-la-crise-du-covid-19-sur-les-enfants-et-la-jeunesse/(block)/73812;
[2] https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/covid-19-une-enquete-pour-suivre-l-evolution-des-comportements-et-de-la-sante-mentale-pendant-l-epidemie;  
[3] Ettman, C.K., et al. (2020) Prevalence of Depression Symptoms in US Adults Before and During the COVID-19 Pandemic. JAMA Network Open.doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2020.19686.; 
[4] https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/Report1_COVID-19HIS_FR_2.pdf
[5] https://cires.colorado.edu/news/covid-19-airborne-transmission-tool-available
[6] https://healthy.brown.edu/testing-tracing/dashboard
[7] https://healthy.brown.edu/life-campus
[8] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/336653/WHO-2019-nCoV-Adjusting_PH_measures-2020.2-fre.pdf


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5,426 Mr Alexandre Laiouni Unamur Fév 09, 2021
5,425 Mrs Calista Isabelle EDUCAM Fév 09, 2021
5,424 Mr Nicolas Degand Université Catholique de Louvain Fév 08, 2021
5,423 Ms Stephane Boulanger UCL Fév 08, 2021
5,422 Dr. Aurélien vander Straeten MIT Fév 08, 2021
5,421 Ms Beugnies Anny Parente Fév 08, 2021
5,420 Miss Alexia Denayer UCL Fév 08, 2021
5,419 Ms Olivia Kastoun ICHEC Fév 08, 2021
5,418 Mr Stéphane Schweicher UCL Fév 08, 2021
5,417 Ms Guibert De Bonhome UCL Fév 08, 2021
5,416 Ms Diane Ryelandt Ecam Fév 08, 2021
5,415 Mrs Catherine Germeau Parent Fév 08, 2021
5,414 Ms Marie Noëlle Godefroid UCL Fév 08, 2021
5,413 Mrs Adele Hertoghe KULeuven Fév 08, 2021
5,412 Mr Charles Hertoghe N/a Fév 08, 2021
5,411 Ms Penelope Hertoghe KULeuven Fév 08, 2021
5,410 Mrs Mylène Ryelandt UCL Louvain La Neuve Fév 08, 2021
5,409 Mr Marlon Hilden College of Europe Fév 08, 2021
5,408 Ms Marie notte , Fév 08, 2021
5,407 Ms Pauline Martin KUL Fév 08, 2021
5,406 Ms Isabelle de Broc Worker Fév 08, 2021
5,405 Ms Christine Kervyn St-Luc Fév 08, 2021
5,404 Ms Geneviève Casterman Ecole de Recherche Graphique Fév 08, 2021
5,403 Mr Sylvain Favresse UCLouvain Fév 08, 2021
5,402 Ms Marie Van Diest Kul Fév 08, 2021
5,401 Ms Genevieve Buts UCL Fév 08, 2021
5,400 Miss Ysaline de Foy UCL Fév 08, 2021
5,399 Ms Stéphanie Woitrin ... Fév 08, 2021
5,398 Miss christine Gelders no Fév 08, 2021
5,397 Mr Corentin Capelle Institut des Arts de Diffusion Fév 08, 2021
5,396 Mrs Myriam Willems UCL Fév 08, 2021
5,395 Ms Florent Bernard Hec liège Fév 07, 2021
5,394 Ms Charline Molitor Saint Louis Fév 07, 2021
5,393 Mr Arnaud Regout UCL Fév 07, 2021
5,392 Ms Jean-François Molitor Saint Louis Fév 07, 2021
5,391 Ms Priscilla de Locht UCL Fév 07, 2021
5,390 Mrs Annelore Dewulf Leuven Fév 07, 2021
5,389 Ms Caroline Lagrange Collège Notre-Dame de Basse-Wavre Fév 07, 2021
5,388 Ms Marianne Bribosia UNamur Fév 07, 2021
5,387 Ms Marie-Hélène de Biolley UCL Fév 07, 2021